Montée de l’islamophobie et banalisation du fémonationalisme. « Oui mais quand même, la religion, c’est mal »

Relayer l’information de la énième agression d’une femme voilée, ou les propos haineux tenus sur l’islam par la représentante d’une organisation pseudo-féministe, revient immanquablement à emboucher l’appeau à trolls religiophobes. Que des femmes soient insultées et tabassées, que le féminisme serve de leurre pour répandre et banaliser le racisme le plus crasse, tout cela, le/la religiophobe s’en moque : dans un pays où médias et politiques, de façon plus ou moins insidieuse, désignent à longueur de temps les musulmans comme la cause de tous les maux de la société, son seul sujet d’anxiété est que son droit à « critiquer la religion » soit garanti.

Pour l’exprimer, il usera de subtiles gradations dans la virulence, de la simple protestation à l’éructation scatologique probablement censée traduire la hauteur à laquelle il plane dans l’éther philosophique inaccessible aux benêts qui voient du racisme partout : « Moi, je chie sur toutes les religions. »

Notez bien la perle argumentative que recèle cet étron déclaratif : il a dit « toutes les religions ». Ha, ha ! Vas-y, accuse-le de racisme maintenant ! Lire la suite Continuer la lecture

Elsa Dorlin « Le féminisme a pour ambition 
de révolutionner la société »

Elsa Dorlin « Le féminisme a pour ambition 
de révolutionner la société »

Humanité Quotidien
9 Août, 2013
penser un monde nouveau 20/34

Les séries d’été de l’Humanité : Penser un monde nouveau [1]. Pour Elsa Dorlin, le féminisme se fonde 
sur une pratique de soi et s’inscrit dans 
une tradition de luttes sociales qui s’attaquent 
au sexisme, à l’idéologie libérale et au racisme. Philosophe et féministe, Elsa Dorlin est professeure de philosophie politique 
et sociale au département de science politique 
de l’université de Paris-VIII.

Elle a été maîtresse de conférences en philosophie à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne 
(2005-2011). Ses recherches portent sur 
les philosophies féministes, études sur le genre et les sexualités, mais aussi sur l’esclavage, le colonialisme et le postcolonialisme (histoire des idées, des luttes et des mouvements des diasporas noires, Black Feminism). L’histoire et la philosophie de la médecine (corps, santé, nation) tiennent une place importante dans son travail. Issu de sa thèse soutenue en 2004, son livre la Matrice de la race. Généalogie sexuelle 
et coloniale de la nation française a été publié 
aux éditions La Découverte en 2006. Elsa Dorlin y analyse les articulations entre le genre, la sexualité et la race, et leur rôle central dans la formation de la nation française moderne. « Au XVIIe siècle, la conception du corps 
des femmes comme 
un corps malade justifie efficacement l’inégalité des sexes. Le sain et le malsain fonctionnent comme des catégories de pouvoir. 
Aux Amériques, les premiers naturalistes prennent alors modèle sur la différence sexuelle pour élaborer 
le concept de “race” », 
écrit-elle. Ces thématiques la conduisent à étudier 
les théories sexistes 
et racistes modernes. 
Elle a ainsi écrit, en 2008, Sexe, genre et sexualités : introduction à la théorie féministe, édité aux Presses universitaires de France. I. D.

Comment définiriez-vous le féminisme ?
Elsa Dorlin
. C’est un mouvement politique et intellectuel bien antérieur au mot lui-même. Il mérite que l’on en restitue la complexité, l’historicité – les temporalités qui le traversent, les courants intellectuels qui le composent et les agendas militants qui peuvent l’animer. Trois éléments à mon sens peuvent toutefois le caractériser. Premièrement, la tradition intellectuelle et politique du féminisme a toujours questionné la distinction habituelle entre le théorique et le pratique, en considérant que la pratique est riche de pensées. À l’inverse, la réflexion est une pratique en soi. Le féminisme s’inscrit deuxièmement dans une tradition de luttes, avec en ligne de mire le renversement de l’ordre établi. Historiquement, les féministes ont été considérées comme révolutionnaires (mais aussi parfois contre-révolutionnaires à certaines époques). Le féminisme questionne enfin la distinction entre le personnel et le politique. Avant-gardiste, ce mouvement analyse la domination non pas comme relevant du vécu individuel ou d’une faille psychologique, mais toujours comme un rapport matériel qui a des intérêts économiques et des effets symboliques et idéologiques sur toute la société. Le féminisme est un mouvement incarné – il ne se vit pas à l’abri du tumulte de l’histoire sociale mais il bouleverse aussi la vie dans ce qu’elle a de plus prosaïque : le corps est politique, l’amour, la sexualité est politique, nettoyer la table et ramasser les chaussettes sales est politique !

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Interdire les signes religieux au travail, c’est faire un pas vers l’islamophobie d’État

LE PLUS. Depuis l’histoire de la crèche Baby Loup, une partie de la classe politique réfléchit à un moyen d’étendre la loi sur l’interdiction des signes religieux à l’école à d’autres espaces publics. Pour les militantes féministes Louiza Belhamici, professeure de Lettres et Sonia Dayan-Herzbrun, sociologue, c’est une ineptie.

Édité et parrainé par Hélène Decommer

Depuis deux mois nos élus s’affolent à nouveau devant le danger que présenteraient à leurs yeux, jupes, foulards ou bandeaux trop longs, trop larges, trop voyants

Un esprit contraire à la loi de 1905
Après l’arrêt en date du 19 mars 2013 rendu par la Cour de Cassation à propos de l’affaire de la crèche Baby Loup, François Hollande a déclaré prévoir une refonte législative en vue du vote d’une loi étendant le champ de l’interdiction des signes religieux dans certains lieux de travail « dès lors qu’il y a contact avec les enfants », notamment « les crèches associatives avec financements publics ». C’est dans cette perspective qu’il a inauguré, peu de temps après, l’Observatoire de la laïcité dont la première mission est de réfléchir à une loi sur le port de signes religieux en entreprise.

La droite parlementaire s’est immédiatement engouffrée dans cette brèche en rédigeant une proposition de loi « visant à réglementer le port de signes et les pratiques manifestant une appartenance religieuse ». Par une surenchère sur ce qu’elle considère à tort comme une atteinte au pacte républicain, elle cherche à griller la politesse à la gauche sur le dos de femmes qui n’en demandent pas tant.
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