Christiane Taubira ; un traitement à l’intersection du racisme et du sexisme

Source: http://www.crepegeorgette.com/2013/09/16/christiane-taubira-un-traitement-entre-racisme-et-sexisme/

Toutes les femmes politiques subissent du sexisme c’est à dire qu’elles sont critiquées sur ce qu’elles sont mais pas sur ce qu’elles font. Elles sont ainsi renvoyées à leur genre lorsque leurs idées politiques, leurs propositions de loi ne conviennent pas à leurs opposants. On va ainsi renvoyer une femme à « garder les enfants » ou « à ses casseroles ». Lors de la proposition de loi sur les 35 heures, un chef d’entreprise proposa d’envoyer à Martine Aubry un bataillon de parachutistes ; pour lui, il était évident qu’une telle proposition ne pouvait avoir été dictée par la raison, mais par la frustration sexuelle. Lors de l’élection à la députation de Marion Maréchal-Le Pen, beaucoup ne se privèrent pas de créer des photo-montages pornographiques au lieu de l’attaquer sur le terrain des idées. Les femmes sont ainsi renvoyées au sexe et à leur sexe. Rachida Dati fut attaquée pour sa futilité et son goût pour la mode, alors que Sarkozy, au même moment, hésitait entre Rolex et yacht de Bolloré. Inutile de préciser que pendant que l’une était dite futile et donc incompétente pour le poste auquel elle avait été nommée, y compris au sein de son propre camp, l’autre était simplement bling bling.  Cécile Duflot dut affronter des sifflets en pleine assemblée nationale pour une simple robe ; et Roselyne Bachelot, alors qu’elle entamait une carrière de chroniqueuse, dut affronter des critiques sur son physique du mince, superbe et éternellement jeune Balkany. Il ne s’agit évidemment pas de considérer qu’une femme ne doit pas être critiquée, mais de considérer la nature des critiques qui touche le genre et pas l’action menée.

Christiane Taubira est ministre de la justice ; elle est également une femme, noire et âgée. Elle porte, quasiment seule d’ailleurs, deux très gros projets du gouvernement Ayrault, le mariage pour tous et la réforme pénale. Il était logique et normal que le flot de critiques soit ininterrompu ; pourtant ce qu’elle subit depuis plusieurs mois et qui est très visible sur les réseaux sociaux et les commentaires d’articles de journaux en ligne est une attaque sur ce qu’elle est et pas sur ce qu’elle fait. On peut également noter, que, pour beaucoup de ceux qui la critiquent, ce qu’elle fait est la conséquence directe de ce qu’elle est. Il serait impossible d’étudier les attaques subies sous un seul prisme, le racisme ou le sexisme, car on ne cernerait pas combien ces attaques combinent sexisme et racisme. Une femme blanche ne subirait pas les mêmes attaques, un homme noir non plus. Nous allons d’ailleurs voir qu’une femme noire jeune subirait également d’autres types d’attaques. Taubira subit une triple discrimination, sur la race, le genre et l’âge, et c’est sur cela qu’elle est attaquée.

Le critère de baisabilité 

Les femmes publiques (…) sont jugées à l’aune du critère de baisabilité. Si elles le sont (« sa coupe à la garçonne, ses fesses menues, son corps sec et nerveux », Nicolas Rey à propos de de la ministre Najat Vallaud-Belkacem dans Lui) elles seront aussitôt soupçonnées d’être incompétentes. Ce sont des hommes qui projettent leurs fantasmes, leurs désirs sexuels sur des femmes qui n’ont rien demandé et fort logiquement, elles en deviennent responsables et coupables. Si elles sont baisables donc, si des hommes se perdent en digressions sexistes et irrespectueuses des femmes et de leur fonction (Hugues Foucault maire de Bretagne parla ainsi d’un stylo sucé érotiquement par NVB), ce sont elles qui seront jugées pour cela. L’idée de la femme, tentation pour l’homme, est très présente et ce sont forcément les femmes qui sont tenues pour responsables des excitations de ces messieurs. Pire, si elles sont excitantes c’est parce qu’elles sont bêtes. On renvoie donc les femmes à l’idée qu’elles doivent être séduisantes ; ainsi certains journaux ont pu critiquer le poids de Duflot, mais si elles le sont, cela leur revient rapidement en pleine figure puisqu’elles sont jugés indignes d’exercer certaines fonctions.
Pile on perd, face on ne gagne pas.
Les femmes ne répondant pas au critère de baisabilité ne sont évidemment pas épargnées ; elles sont soupçonnées de frustration sexuelle, d’être, disons-le clairement, mal baisées, et de mener leur carrière politique à l’aune de cette frustration. Eva Joly se présenta ainsi en « norvégienne ménopausée » pour tenter de répondre avec humour aux attaques sexistes et xénophobes qu’elle subissait. Elle eut droit, pendant la campagne présidentielle, à la sortie de photos d’un concours de beauté menée quelques 30 ans plus tôt ; la sortie de ces images n’était pas anodine. Nous étions face à une femme qui n’en avait pas grand chose à faire de l’apparence physique ce qui est dramatique dans une société sexiste. Montrer qu’elle « avait été » mais « n’était plus » était un moyen sexiste d’expliquer sa prétendue folie, sa prétendu agressivité, sa prétendue incompétence ; une jolie femme qui ne l’était plus devait forcément en ressentir de l’aigreur et de l’amertume qui se révélaient dans sa façon d’être.
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Passe-passe à la suédoise

Par Gaëlle Dupont, Le Monde Mis à jour le 17.09.2013

Stockholm, envoyée spéciale. Blondeur artificielle, ongles bleus manucurés assortis à ses yeux, toute mince dans ses vêtements roses, sac à main griffé, Jasmine, 27 ans, affirme ne pas être une « privilégiée », étiquette souvent attachée aux call-girls. « Je suis une escort girl moyenne, dit-elle dans un rire. Pas une ‘top class’ ! » Ce qui ne l’empêche pas d’avoir du travail. Beaucoup de travail, même, si l’on songe qu’en Suède les clients encourent une peine de prison d’un an et une forte amende en achetant des services sexuels.

C’est la pierre angulaire du fameux « modèle suédois » de lutte contre le commerce du sexe. La prostitution y est considérée comme une violence, donc les prostituées ne risquent rien, ce sont les clients qui sont pénalisés. La majorité parlementaire en France, qui souhaite l’abolition de la prostitution, envisage de s’en inspirer dans une proposition de loi dont le contenu est en cours d’arbitrage et qui sera débattue à l’automne….
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CONFERENCE 2013 DE FEMINISM IN LONDON

Date: 26 Octobre 2013

Lieu: Institut de l’Education à Londres, UK

Vous pouvez acheter vos billets sur le site :www.feminisminlondon.co.uk
le programme complet est disponible à ce lien :Programme

En particulier il y aura un atelier sur l’opposition à la violence masculine militarisée, qui sera animé par Rebecca Johnson.
Et Cynthia Cockburn des Femmes en Noir, avec Brigitte Lechner animeront  l’atelier « Contester les systèmes de pouvoir liés : Vers un féminisme total. »