Palestiniens: privé du droit de vivre et de mourir dans la dignité!!!!!

Aussi indignées que nous le sommes, les femmes palestiniennes à Jérusalem sont descendues dans la rue, et Sarah et moi-même étions dans les rues depuis le matin. Nous les avons vus militariser notre espace de manifestation, et leur avons dit tout ce que nous voulions ; nous leur avons montré qu’ils pouvaient mettre tous les soldats et agents de sécurité qu’ils voulaient – ils n’arriveront pas à stopper les Palestiniens à résister.
La déclaration ci-dessous est dans les deux langues – nous l’avons rédigée ensemble avec toutes les idées et visions merveilleuses des femmes autour de moi et nous espérons continuer notre lutte. Rien qu’en observant notre première manifestation aujourd’hui à la Porte de Damas, on apprend que ce ne sont pas seulement nous, des militantes féministes, ce n’était pas seulement des femmes qui dirigent des organisations de la société civile et des ONGs de femmes et féministes ; c’était des femmes qui passaient, en route pour le marché/suq, et qui s’arrêtaient pour se joindre à nous. C’était des marchandes qui rangeaient leur marchandise, et se mettaient à scander avec nous. Quand nous avons bougé pour la deuxième manifestation devant les bureaux de l’UE, des femmes ont entendu nos slogans, sont sorties de leur maison pour se joindre à nous, ensuite quand nous avons bougé vers notre troisième manifestation devant la Croix rouge, de nouveau plus de femmes ont rejoint la marche….C’était nous toutes, d’endroits, d’âges, de situations, de partis politiques différents qui ont rejoint, la main dans la main, pour exiger l’arrêt des massacres à Gaza…et qualifier Israël de pays terroriste.
Le monde peut ne pas entendre nos voix et nos revendications, mais nous avions besoin de le dire à voix haute, nous avions besoin de nous rassembler, de partager nos histoires de souffrance et de pouvoir, montrer notre solidarité et notre amour à chacune de nous…comme l’Amour est une pratique de liberté.
Fermer les yeux devant les attaques génocidaires contre le peuple palestinien est une complicité avec des crimes contre l’humanité
Fermer les yeux devant les massacres d’Israël à Gaza aujourd’hui, c’est être complice de la brutalité et des attaques génocidaires d’Israël contre le peuple palestinien. Nous écrivons cette déclaration pour condamner fortement les massacres les plus récents d’Israël et les crimes de guerre commis contre des civils et des familles à Gaza, et nous réclamons une cessation immédiate des tueries sans discrimination, une fin du siège, et nous rejetons farouchement la destruction vindicative de la propriété, de l’infrastructure et des moyens d’existence de notre peuple à Gaza.
La dépossession continuelle du droit palestinien à la vie et à un avenir sûr, l’épuration ethnique des palestiniens depuis 1948 et effectivement le déracinement, le déplacement, les démolitions de maisons, les fragmentations des familles, les vols de terres, et l’incarcération, créent des conditions de vie désespérée et sans espoir et étouffent nos possibilités pour le futur. Rester silencieux face aux criminalités continuelles, accepter l’occupation militaire et la violence coloniale, accepter la tuerie de femmes et d’hommes, de jeunes et vieux, de ruraux, de réfugiés et de villageois, c’est approuver les modes variés coloniales de dépossession et refuser aux Palestiniens le droit à une vie digne.
Au nom de “Al-tajamo’ Al-nasawiy Almaqdasy, un groupe de “Coalition de femmes jérusalémites” et des féministes jérusalémites de tous les segments de la société, nous écrivons pour transmette notre profonde condamnation de la perte continues de vies, alors que nous exprimons notre rejet du silence des communautés globales et régionales et la complicité avec le cruel projet sioniste. Nous, femmes, sommes scandalisées des dépossessions sans fin et de la souffrance ordinaire de notre peuple à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est occupés. Nous refusons d’accepter la violence de la vie quotidienne des réfugiés palestiniens dans les différents camps, ainsi que parmi les Palestiniens de 1948 en Galilée, à Naqab, le Triangle et plus. Nous sommes indignées par le terrorisme du régime de colons sionistes, ainsi que par les rouages d’oppression qui gravent la douleur et marquent l’ensemble et les vies de nos familles, nos filles, nos fils et communautés comme des objets non-humains jetables « les Autres » et des entités non reconnues, comme des ensembles et des vies nus, dépossédé du droit de vivre, de la sécurité, et même du droit de mourir dans la dignité.
Aujourd’hui, comme femmes palestiniennes nous sommes là pour rejeter tout déni de notre droit aux droits et refuser de normaliser ou justifier la violence de l’occupation et de la colonisation israélienne, tout en réclamant fermement une fin au régime sioniste, aux rouages du régime sioniste et sa violente structure coloniale. Plus de 60 ans de violence structurelle sioniste ont passé, une longue période de dépossession continue, de déplacement et de déracinement. Et aujourd’hui, à Gaza, et pendant toute la Palestine historique, nous ré-expérimentons le déplacement et la fragmentation de nos familles et de nos communautés, la création de milliers de réfugiés en plus ; nous ré-expérimentons la mort palestinienne et des crimes contre notre peuple ; nous revivons l’annihilation de notre avenir et de nos droits à l’autodétermination, pendant que le monde regarde.
Aujourd’hui, comme femmes palestiniennes nous sommes là, pour insister sur notre droit à résister contre la brutalité du régime de colonisation, et affirmer notre droit inhérent à nous défendre nous-mêmes. Nous nous exprimons contre la criminalité persistante, contre les représailles à l’encontre de notre peuple ; nous réclamons la fin du silence, une fin de l’aveuglement volontaire de la communauté internationale, et de l’aphasie coloniale qui entoure notre catastrophe, et nous réclamons le droit de parler ouvertement de notre traumatisme et de notre détermination. Aujourd’hui, nous sommes là avec le pouvoir de nos ancêtres, le pouvoir de notre détermination et le pouvoir de notre juste cause. Notre espoir pour l‘avenir et l’amour de la vie alimentent notre lutte contre des injustices permanentes ; nous continuons notre longue histoire de résistance populaire contre l’état sioniste pour une vie de sécurité et dignité. Nous sommes là pour dire – ne soyez pas des observateurs voyeuristes ; ne soyez pas des fossoyeurs ; soutenez notre lutte pour vivre la vie, pour ne pas la tuer !
Au nom de la justesse de notre cause :
1. D’abord et avant tout, nous réclamons une fin immédiate des massacres et des crimes de guerre que l’état israélien est en train de commettre à Gaza. Nous réclamons une fin immédiate de la légalité de notre victimisation – malgré notre détermination Sumud ( ???) – et insistons avec force pour stopper les attaques et massacres continuels qui ont commencé en 1948 à Deir Yassin, Qufr Qasim, Eilaboon, ont continué pendant les incursions à Hébron et Jenin, et ont compris les camps de réfugiés de Sabra et Shatila au Liban, et continuent maintenant à Shejaiyya et d’autres environs de Gaza. Nous réclamons une fin de la brutalité, de la dépossession et de la démonisation qui est marqué sur l’ensemble des Palestiniens, sur la famille palestinienne, sur l’intimité des femmes, sur la sexualité des femmes, sur l’ensemble des femmes, sur l’ensemble des femmes enceintes, sur l’ensemble des femmes qui accouchent, la douleur qui est même inscrite sur l’ensemble de nos morts.
2. Nous appelons la communauté internationale et le monde arabe, leurs filles et leurs fils, à faire pression sur leurs gouvernements et stopper la Nakba permanente, y compris l’attaque très sanglante de Gaza.
3. Nous appelons les organisations de la société civile, les organisations régionales et les organisations internationales des droits humains et humanitaires à travailler ensemble pour aider à terminer l’occupation israélienne.
4. Nous réclamons une fin immédiate de la punition collective qui met en cage les Palestiniens dans des prisons fermées et ouvertes, qui pourchasse les gens dans leurs maisons, dans leur lieu de croyance, dans leurs écoles et même dans leurs cimetières.
5. Nous revendiquons la préservation de la sécurité pour les femmes palestiniennes courageuses qui continuent à résister contre l’oppression coloniale par leurs contributions journalières, y compris par des tentatives quotidiennes de fournir la sécurité et la sûreté aux plus vulnérables dans notre peuple – à ceux qu’elles aiment, leurs bébés, même dans leur sein, leurs étudiants, nos enfants, les vieillards, et ceux dans le besoin – et pour préserver notre histoire, culture et continuité comme peuple.
6. Nous insistons fort pour que la communauté féministe internationale, y compris des lauréates du Nobel et d’autres militantes féministes, à se soulever contre la violence permanente dirigée contre des individus palestiniens et notre société dans son ensemble, et à travailler plus fort à prévenir de continuels massacres, déplacements forcés et une destruction de notre structure sociale.
7. Nous appelons toutes les personnes du monde qui ont souffert d’atrocités, de déshumanisation, de déplacements et de crimes de guerre à être à nos côtés et faire entendre leur voix.
8. Nous réclamons la responsabilisation des criminels, que ces criminels soient des représentants de l’état israélien, d’organisations privées, ou des individus, et de responsabiliser Israël pour ses crimes de guerre et obliger l’état à respecter les traités internationaux y compris la 4e Convention de Genève, le statut de Rome et d’autres traités en rapport.
9. Nous insistons auprès de toutes les personnes de conscience de soutenir le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS), de désinvestir d’Israël, d’imposer des sanctions économiques à Israël et d’exclure Israël en le définissant comme un état terroriste.
Signé par la Coalition des femmes jérusalémites
(La Coalition comprend des femmes de tous les segments de la société palestinienne, avec toutes ses différences)

Face à l’impunité israélienne : pour un féminisme décolonial

Appel que le CFPE relaie et soutient:
https://docs.google.com/spreadsheet/viewform?fromEmail=true&formkey=dE43S01RdmtKWXpIdXc5UXlzTkJMT3c6MA

 Par le présent appel, l’association EFIGIES (association de jeunes chercheur-e-s en Études Féministes, Genre et Sexualités) fait acte de sa solidarité avec les Gazaoui-e-s assiégé-e-s, assassiné-e-s, et plus généralement avec les Palestiniennes et les Palestiniens dont l’assujettissement colonial perdure. À l’heure actuelle, l’islamophobie, le racisme, les représentations coloniales persistantes dévaluent les vies palestiniennes, criminalisent et déshumanisent les manifestant-e-s pro-palestiniennes. Étant donné notre engagement dans le champ académique en France, nous ne pouvons rester indifférent-e-s à l’implication de certains discours universitaires et féministes dans la production de l’islamophobie et du racisme, ou du moins leur désengagement au regard des réflexions postcoloniales. Ces représentations coloniales, qui imprègnent le soutien inconditionnel de la France à la politique de l’État israélien, doivent urgemment être déconstruites dans le cadre d’une épistémologie rigoureuse et non ethnocentrique, incluant les outils des études postcoloniales, notamment dans leur intrication aux formations genrées et aux catégories sexuelles. Le Pinkwashing et l’homonationalisme d’Israël commencent à être internationalement déconstruits et dénoncés. Mais en France, les féminismes hégémoniques, de par certains de leurs positionnements notamment face au port du voile et à la religion musulmane, entretiennent l’islamophobie et participent à la minimisation des crimes commis envers les Palestinien-ne-s. Alors que l’Université de Tel Aviv accorde aux étudiants qui servent dans l’attaque contre Gaza la gratuité des inscriptions pour un an, et qu’un avis diffusé à l’Université Hébraïque de Jérusalem annonce une collecte de produits pour les soldats au front, nous invitons les étudiant.e.s et chercheur.e.s en genre, féminisme et sexualité à participer personnellement au boycott académique d’Israël et à signer la pétition contre l’interdiction du soutien à la Palestine de l’association des Universitaires pour le Respect du Droit International en Palestine (AURDIP) : http://www.aurdip.fr/Petition-contre-l-interdiction-du.html Le colonialisme ne crée pas seulement de tels produits « symboliques », qui en retour l’étayent. Ses enjeux sont géopolitiques et économiques, et parce que nous ne distinguons pas notre engagement dans la recherche et nos positionnements pratiques, nous relayons également et vous invitons à diffuser l’appel de la campagne Boycott, Désinvestissement, Sanctions, réponse citoyenne et non-violente à l’impunité d’Israël : http://www.bdsfrance.org/ En solidarité, Le bureau d’EFIGIES

Dans le cadre de notre cycle 2014, « 2004-2014, le CFPE lutte toujours »,
nous vous convions à notre 3ème atelier qui aura lieu le
Samedi 14 juin prochain de 10 heures à 13 heures
au local PSM-IDF, 5 rue J.François Lépine 75018 Paris – M° La Chapelle. 

3ieme atelier_ CFPE

L’expérience inédite et dérangeante du Collectif des Féministes pour l’Égalité, par Cecilia Baeza

*****Avertissement: Cet article a été écrit en 2006 et il reste toujours d’actualité*******

Les débats précédant le vote de la loi du 15 mars 2004 sur l’interdiction des signes religieux à l’école auront au moins eu un mérite : ils ont été le catalyseur d’une dynamique unique dans le paysage féministe non seulement français mais européen. À contre-courant d’une logique qui aurait voulu que tout nous oppose, des femmes – voilées, non voilées, athées, croyantes et agnostiques, Françaises et étrangères – ont en effet décidé d’investir ensemble le champ féministe et de déconstruire l’idée selon laquelle le référent religieux musulman serait par essence incompatible avec la lutte pour l’égalité entre les sexes. L’objet de cet article consiste à revenir sur la généalogie du Collectif des Féministes pour l’Égalité et à en tirer les premiers bilans.

Suite à télécharger: nqf_25_3_2006_Cecilia Baeza

Femmes dans l’église catholique

Intervention Atelier 2 CFPE
Monique CRINON, sociologue

L’interpellation de l’Islam sur la place accordée aux femmes est récurrente, le texte qui suit interroge l’Eglise catholique sur la même question : qu’en est-il des femmes dans l’Eglise ?
Il est évidemment impensable de balayer 20 siècles d’histoire en quelques pages, c’est pourquoi seuls sont abordés quelques périodes particulièrement intéressantes : la période dite du christianisme primitif, relativement émancipatrice pour les femmes, suivie de la construction de l’appareil de l’Eglise qui définit dogmes et règles reprenant à son compte une conception du monde hiérarchisée, fondée notamment sur l’inégalité des sexes.
Pourtant les femmes furent et sont présentes dans l’Eglise, elles y ont joué un rôle important et furent systématiquement occultées, disqualifiées voire persécutées. Abbesses, béguines, laïques se sont organisées et s’organisent toujours.
Les formes d’existence/résistance des femmes dans l’Eglise catholiques sont multiples. La réflexion ici amorcée doit être poursuivie.

Suite à télécharger: Femmes_dans_l’église_catho_final

Notes de lecture sur le livre de Tova Hartman : « Feminism Encounters Traditional Judaism », Brandeis University Press, 2007.

Notes de lecture sur le livre de Tova Hartman : «  Feminism Encounters Traditional Judaism », Brandeis University Press, 2007.

Par M.Laure Bouusquet du CFPE

L’auteure, professeure à l’université Bar Ilan, est philosophe, docteure en psychologie freudienne et études féministes. Elle a fait son doctorat sous la direction Carol Gilligan qui a inventé et pensé le concept d’éthique du care. Dans cet ouvrage, elle décrit le processus qui l’a conduite à poser l’acte courageux de créer avec d’autres croyant(e)s la synagogue Shira Hadasha : « un chant nouveau ». Cet acte témoigne de son engagement profond à la fois dans le féminisme et le judaïsme orthodoxe moderne. Dans les six chapitres de son livre, elle analyse les points de contact vitaux entre féminisme et tradition religieuse, deux courants de pensée apparemment irréconciliables mais qui peuvent conduire à des perspectives porteuses parfois de compromis douloureux mais aussi  de connections créatrices inattendues.

Suite à télécharger:Notes_de_lecture_sur_le_livre_de_Tova_Hartman_

Dix réflexions sur dix ans d’islamophobie, ou le rendez-vous manqué de la gauche

source: https://visceraoul.wordpress.com/2014/03/14/dix-reflexions-sur-dix-ans-dislamophobie-ou-le-rendez-vous-manque-de-la-gauche/

Le 15 mars, cela fait dix ans que la loi interdisant le port du voile à l’école fut votée. « Non, l’interdiction des signes religieux »… Admettons, il n’empêche que les premières visées furent les femmes voilées. Issu d’une famille communiste, de classe moyenne, ayant grandi dans un milieu social éloigné de toute influence « islamique », étudiant, salarié dans un collège classé ZEP de Seine-Saint-Denis, je me suis très tôt engagé à gauche de l’échiquier politique, et il m’est toujours apparu comme naturel, en liaison avec mes engagements, mes aspirations, de me mobiliser contre cette loi, ainsi que contre toutes les lois islamophobes qui ont suivi.

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Mes positions m’ont assez souvent amené à me retrouver seul dans les débats entamés avec mes « camarades ». Certains étaient contre le voile et pour la loi, d’autres contre le voile et contre la loi. Dans mon parcours de « petit militant gauchiste », la question du « vivre ensemble » m’a toujours interpellé. Tout autant d’ailleurs que ma volonté de chercher, perpétuellement, des bases de convergences de luttes sur lesquelles pourraient s’articuler différentes organisations, qu’elles soient associatives, politiques, culturelles ou cultuelles. Ce cheminement m’a conduit, au vu des causes pour lesquelles je m’engage, assez rapidement, à rencontrer des musulmanes, voilées ou non, et donc à engager des débats avec elles.

Première réflexion. Là où je voyais avant tout une personne, un individu, capable de penser et d’argumenter, un certain nombre de mes « camarades » ne voient qu’un voile. On efface ainsi l’histoire d’un individu, son quotidien, son identité même, tout cela étant essentialisé dans un bout de tissu. Certaines de ces filles sont devenues, avec le temps, des amies, amies avec qui j’aime discuter, dialoguer, débattre, m’engueuler… Tout autant que j’aime discuter, dialoguer, débattre, m’engueuler, avec mes « camarades ». Et non, je n’ai pas plus de divergences avec les uns qu’avec les autres.

Deuxième réflexion. La première raison qui fait qu’elles sont l’objet de tant d’animosité, au sein de mon milieu politique, tient au fait qu’elles sont jugées comme des femmes intrinsèquement soumises, dotées d’une liberté limitée (puisqu’elles se soumettent à Dieu). Dans tous les débats qui ont lieu, il est extrêmement rare que l’on laisse la parole à des musulmanes, voilées ou non d’ailleurs. Elles sont des sujets dont on aime débattre mais avec qui l’on refuse de débattre. Et les quelques expériences que j’ai pu avoir, de débats publics ou privés, entre mon milieu politique et ces filles m’ont toujours laissé sceptique. On ne cherche pas les convergences, on cherche les divergences. Peu importe ce qu’elles vont dire, ou affirmer, on cherchera toujours la petite bête, le détail, la phrase qui nous permettra de les pointer du doigt, de nous en écarter, de maintenir une méfiance schizophrénique. Quoi qu’elles disent, elles ne sont ni entendues, ni considérées, et souvent, ni respectées.

Troisième réflexion. Vient alors la question du féminisme. Vaste débat donc, où très tôt je n’ai pas compris la subtilité de ces féministes qui ont soutenu la loi de 2004 « pour la liberté de la femme ». La liberté est donc dictée par la loi. On libère en interdisant. On prétend travailler à l’émancipation des femmes en cherchant à en exclure certaines du principal lieu d’éveil et d’affirmation de notre société, à savoir l’école, et plus récemment encore, le travail. Mes amies musulmanes voilées sont loin d’être soumises, elles revendiquent l’égalité salariale, la parité homme-femme, la dignité. Dignité que certains mouvements féministes prétendent défendre en multipliant les stéréotypes sur ces femmes. Comme le dit Christine Delphy : « la majorité des groupes féministes a fait un très mauvais deal avec l’État, c’était l’occasion pour le mouvement féministe de dire « écoutez, des symboles il y en a à la pelle, celui-là ne nous dérange pas plus que d’autres […] comme le string, la pornographie, les talons aiguilles etc… Ce qui nous dérange vraiment c’est d’être payé 25% de moins que les hommes, c’est de nous taper 80% du travail domestique, c’est d’être achetées et vendues comme des marchandises, c’est d’être battues, c’est d’être tuées par des coups, ça, ça nous dérange beaucoup et vous ne faites pas grand-chose ». » On me renvoie souvent à Marx, puisque être marxiste signifie nécessairement être anticlérical. Cette vision des choses est évidemment bien biaisée depuis quelques temps (cf. La haine de la religion de Pierre Tevanian, et L’islam la République et le Monde d’Alain Gresh), mais j’aime renvoyer ces mêmes personnes à leurs propres lectures libertaires. Être « marxiste », c’est défendre l’émancipation humaine, et dans ce cadre, défendre les libertés personnelles de chacun(e), et respecter ses choix, qu’ils soient croyants ou non. Œuvrer pour le droit des femmes à disposer de leur corps, c’est aussi œuvrer pour qu’elles aient le droit, ou non, de porter le foulard.

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Quatrième réflexion. On me parle ensuite de l’école qui est un lieu laïc, où la religion n’a pas sa place. Réveillez-vous ! La neutralité religieuse, dans la loi de 1905, s’impose aux fonctionnaires, et aux politiques d’État, pas à ceux qui en font usage. Votre laïcisme devient un dogme que vous érigez comme le tenant et l’aboutissant de toutes questions religieuses. Nous ne sommes plus en 1905, mais si vous tenez vraiment à faire respecter cette loi qui vous est chère, alors inscrivez-vous dans sa droite ligne, ni plus ni moins. Par ailleurs, je considère l’école comme un lieu à la fois d’affirmation de sa propre identité, et d’éveil intellectuel et culturel. Dans ce but, chacun doit pouvoir s’y sentir le mieux du monde, afin d’y évoluer à son aise.

Cinquième réflexion. Le débat se lance alors sur le foulard symbole d’oppression, oppression des mollahs iraniens, des islamistes algériens etc… Ces musulmanes voilées importeraient donc des coutumes « étrangères » dans le pays du vin et du fromage. Des « coutumes », voilà le problème. Ces jeunes filles ne pensent pas avec une grille de lecture iranienne, ou algérienne, ni même islamiste, mais dans le cadre de la République française, laïque, de ses règles et de ses lois. Ceux qui hurlent à l’écoute de cet argument n’ont véritablement jamais pris le temps de dialoguer avec des femmes voilées. L’école et la réussite scolaire y sont sacralisées autant, voire bien plus, qu’auprès des « petits blancs » athées. Elles n’importent rien, c’est vous qui analysez une situation française avec la grille de lecture du journal de 20h. Il y a des femmes voilées en France, elles l’ont choisi et le portent dignement, réflexe purement colonial que de le considérer comme « étranger », s’en effrayer, puis de vouloir tout bonnement l’interdire. Le plus ironique ici, c’est que les femmes qui en Iran ou en Égypte, ou ailleurs, se battent contre ceux qui souhaitent imposer le voile, ne réclament pas l’interdiction du voile, mais simplement la liberté pour chacun(e) de le porter, ou non. Et celles qui militent pour le porter ici, ne soutiennent pas le machisme qui peut l’imposer ailleurs. Elles ne sont pas « pro-voile », elles sont « pro-choix ». Entre des intégristes qui rêvent d’imposer le voile à toutes les femmes, et mouvements féministes qui rêvent de dévoiler de force toutes les femmes, au prix de leur exclusion scolaire, je ne vois aucune différence, les deux démarches sont extrémistes et vont à l’encontre de la liberté individuelle.

Sixième réflexion. Et non des moindres. On trouvera toujours une référence, d’une intellectuelle arabe, vivant en France ou à l’étranger, témoignant des conditions dans lesquelles elles se sont vues imposer le voile. On trouvera toujours des organisations, souvent proches des cercles du pouvoir (cf. Ni putes ni soumises, SOS racisme…), soutenant corps et âmes la quasi-totalité des lois islamophobes. D’ailleurs, notons ici que ces mêmes organisations peinent, généralement, à reconnaître le terme d’islamophobie. Alors que c’est aux victimes d’une discrimination que revient légitimement le droit de définir les termes du débat, et non aux tenants du système qui les opprime. Dans les faits, je ne nie pas que le voile, en France, puisse être imposé à certaines jeunes femmes. Mais le problème revient au même. Si ces femmes sont victimes d’une quelconque oppression, alors pourquoi leur imposer en plus l’exclusion scolaire, la mise au ban de la société, l’humiliation ? Si en revanche vous souhaitez vous attaquer à celles qui le portent de leur propre volonté, alors comment prétendre respecter une quelconque liberté féminine ? Ou bien peut-être ne défendez-vous qu’une liberté à votre propre image, on ne peut donc être libre que d’une seule manière.

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Septième réflexion. On sort alors la grosse artillerie. Et l’homosexualité ? Le droit à l’avortement ? Autant de questions qui permettent à mon milieu politique de semer le trouble sur ces femmes qui, de par leurs tenues vestimentaires, seraient nécessairement symboles d’archaïsmes, loin des idéaux féministes. Ma réponse est en fait assez simple. Je connais des filles musulmanes, voilées ou non, qui défendent les droits des homosexuels. J’en connais qui refusent leurs droits au mariage. J’ai des amis, athées, chrétiens, juifs, qui vomissent le mariage homosexuel. J’ai des connaissances, au sein de mon milieu politique, qui ne sont pas nécessairement favorables au mariage homosexuel. Alors que faire ? Et bien simplement en débattre, de manière calme et réfléchie, afin de trouver, coûte que coûte, des bases de convergences possible, et faire évoluer le débat. Je le fais perpétuellement avec mes « camarades » sur de nombreuses questions, pourquoi pas sur celle-ci avec elles ? « Oui mais l’Union des Organisations Islamiques de France a signé l’appel contre le droit des homosexuels à se marier ». Oui, et j’ai à de nombreuses reprises condamné cette position, mais je n’essentialise pas pour autant toutes les femmes musulmanes, voilé(e)s ou non, derrière cette prise de position. Là encore, celles et ceux qui n’ont pas pris le temps d’en parler avec les premières concernées, ne peuvent que s’arrêter à des préjugés. Pour le droit à l’avortement, je me réfère simplement à l’article de Cécilia Baeza, Ismahane Chouder et Malika Latrèche, fondatrices du Collectif des Féministes Pour l’Égalité, « Inch Allah l’égalité ! » :

« Nous avions un peu l’impression de devoir valider notre « certificat de féminisme ». […] J’aurais pu aller manifester pour la loi Veil en tant qu’Ismahane, en sachant pourquoi j’étais là, car je n’ai pas de réticence personnelle par rapport au droit à l’avortement. Pour moi, c’est un droit acquis, qui se trouve reconnu et codifié avec précision dans les textes de référence islamique.  […] Ce qui me posait problème était cette visibilité publique de femmes musulmanes dans une manifestation, où elles n’auraient pas la possibilité d’expliquer les raisons nuancées de leur présence : notamment la possibilité de souligner la différence entre être « pour l’avortement » et « pour le droit à l’avortement ». […] Nos débats internes ont abouti à un accord sur le droit de recourir à l’avortement, ce qui n’est pas une obligation pour celles qui ne veulent pas y recourir, mais laisse la liberté de le faire à celles qui le choisissent. Et nous avons donc décidé de nous associer à l’Appel à manifester pour défendre ce droit. Mais de toutes façons, quelle que soit notre position, on le retourne contre nous. En l’occurrence, nous prenons position pour le droit à l’avortement, mais évidemment on nous accuse de double discours et d’opportunisme. […] nous avions pris la peine d’écrire un courrier en bonne et due forme, mais la direction du Collectif National pour la Défense des Femmes n’a pas voulu intégrer notre signature, en prétextant un retard de notre part, alors qu’on était quinze jours avant la manif. »

Huitième réflexion. On en conclut alors que ce qui dérange, au final, c’est l’islam en tant que tel, dans ses représentations. On en revient au fameux texte de Pierre Bourdieu « Un problème peut en cacher un autre », où il expose au final les débats sur le voile, et l’islam, à deux questions, l’une patente et l’autre latente. La question patente serait « Faut-il ou non accepter à l’école le port du voile dit islamique ? », occultant ainsi la question latente, à savoir « Faut-il ou non accepter en France les immigrés d’origine nord-africaine ? ». Question à laquelle ils ne peuvent évidemment pas donner une réponse, auquel cas celle-ci risquant d’être inavouable.

Neuvième réflexion. En s’alignant comme des soutiens à ces lois dont je juge le caractère islamophobe, on laisse ainsi se propager, en France, le discours islamophobe. Ce discours, qu’on se le dise, ne profite pas à la gauche française, qui perd par la même le soutien qu’il aimerait avoir auprès de cette communauté musulmane. Combien de fois ai-je entendu « Être musulman, et voter à droite, c’est laisser le loup entrer dans la bergerie ». Cette phrase est sortie à plusieurs reprises, de ma propre bouche. Sauf que ce soutien à la gauche, s’il existe bel et bien, n’a rien de naturel. En poursuivant notre chemin, enfermés dans nos pré-carrés militants, on alimente une droite et une extrême droite qui ne sont jamais plus fortes que lorsque l’islam est au centre du ring, et nous nous étonnons par la suite du peu d’intérêt que peut porter cette communauté, à nos luttes. Difficile de s’engager, lorsque l’on se sent méprisé ou épié. Difficile non plus de ne pas être tenté par le communautarisme.

Dixième et dernière réflexion. Cet article me vaudra sûrement l’adjectif d’islamo-gauchiste par une partie de mon milieu politique, par les mêmes personnes qui font une équation parfaite entre femme voilée et soumission. Au final, mes « camarades » ne sont peut-être pas ceux que je pensais. Puisque comme vous aimez tant citer Elsa Triolet : « les barricades n’ont que deux côtés », et mes « camarades » ne sont pas ceux qui œuvrent à la division de mon côté de la barricade. Mes « camarades » sont des hommes et des femmes, athées ou croyants, voilées ou non, qui œuvrent au vivre ensemble, à la recherche de convergences pouvant déboucher sur une victoire de nos luttes sociales, et surtout, qui demeurent ouvert à la discussion, aux rencontres, et à l’enrichissement mutuel.

COMMUNIQUÉ DE PRESSE 10ème anniversaire de la Loi du 15 mars 2004 sur les signes religieux à l’école,quel bilan?

COMMUNIQUÉ DE PRESSE de ARDLFM (Association pour la Reconnaissance des Droits et Libertés aux Femmes Musulmanes)

10ème anniversaire de la Loi du 15 mars 2004 sur les signes religieux à l’école,quel bilan?

Aujourd’hui 15 mars 2014, c’est le 10ème anniversaire de la Loi encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics. Un bilan s’impose.

Cette Loi a été votée dans une ferveur politique et médiatique quasi unanime. Elle avait pour but de rappeler le principe de laïcité et de promouvoir l’égalité entre les filles et les garçons.
Au total pour l’année 2004-2005 : 47 exclusions ont été prononcées, 44 pour port de voile islamique et 3 pour port de turban sikh (Rapport Hanifa CHERIFI). Ce même rapport élude complètement le nombre de déscolarisations silencieuses, celles d’élèves qui ne se sont pas présentées à la rentrée dans leur établissement scolaire. Le Collectif Une école pour toutes et tous évalue ces déscolarisations à quelques centaines. Qu’en est-il depuis, chaque année ?
Nous aurions pensé, que cette Loi d’exclusion votée, l’Institution scolaire s’en serait contentée puisqu’elle la réclamait depuis 1989. Il n’en fut rien. Deux dérives majeures de cette loi au sein du milieu scolaire sont constatées de manière quotidienne.
Depuis 2004, les élèves « présumées » musulmanes, car cette Loi ne vise qu’elles, sont soumises à une pression constante, de chasse au couvre-chef, elles-seules ne peuvent porter aucun accessoire sur la tête (alors que la circulaire d’application l’autorise). Pire, au fil des ans nous assistons à un déplacement du signe « religieux », désormais on interroge ces élèves sur l’intention de l’ensemble de leur tenue vestimentaire. Jupes longues et manches longues sont suspectes et tomberaient sous le coup de la Loi. Les exemples sont nombreux.
Depuis cette Loi aussi, alors même que sa circulaire d’application (Fillon) stipule que « les parents ne sont pas concernés », nombreuses sont les mères voilées interdites d’accompagner les sorties scolaires de leurs enfants par une direction d’école ou une inspection académique trop zélée. Souvent mêmes, ces évictions sont formulées en présence de l’enfant, complètement désemparé par la scène humiliante que vient de subir sa mère.
Mais cette Loi aura eu pour conséquences aussi, des discriminations avérées en dehors du milieu scolaire. Cette Loi est fantasmée à tel point qu’elle est utilisée pour justifier de manière consciente ou inconsciente, des refus d’embauches, ou de formations, des refus d’accès à certains lieux comme une administration, un cabinet médical, un restaurant, une banque, un centre sportif, un bus même, des refus d’accès à certains milieux, politiques (Affaire Ilham Moussaid) ou caritatifs (Restos du coeur) aussi.
Cette Loi a ouvert tous les champs du possible contre la pratique du port du foulard au sein de notre société. De nombreuses propositions de lois ont été déposées au Parlement pour interdire le port du voile, au sein de l’entreprise, des associations, à certaines catégories de professions et même dans l’espace public.
Cette banalisation de la discrimination a enfin eu pour conséquence ultime, le passage à l’acte de la violence.

Cette semaine encore, une femme voilée enceinte a été violemment agressée, elle a accouché prématurément, une autre dame l’année dernière a fait une fausse couche. Depuis, un an ces agressions violentes se sont multipliées sans alerter ni les pouvoirs publics, ni les médias, ni la société dans son ensemble.
Les conséquences de cette Loi sont terribles pour ces jeunes femmes et ces femmes.
Des violences sociales, nous sommes passés aux violences physiques. Ces crimes sont commis au nom de cette Loi ou du moins en son esprit.
Au final,
– La laïcité a été dévoyée de son principe initial. Nous sommes passés en un siècle de 1905 à 2004, de la neutralité absolue de l’Etat à la neutralisation des femmes musulmanes « visibles » ;
– Dans sa quasi majorité cette Loi a exclu, marginalisé, stigmatisé, des femmes et seulement des femmes ;
– Des femmes présumées ou avérées de confession musulmane.
La Loi du 15 mars 2004 sur l’interdiction des signes religieux à l’école, est une loi anti-laïque, sexiste et raciste.
Pour ces raisons, nous appelons à l’abrogation de cette loi.
A Tourcoing,
Le 15 mars 2014
Contact :
Mme Zakia MEZIANI
Tél. : 06 26 14 97 67
ardlfm@hotmail.com

Sources :
Rapport du Ministère de l’éducation nationale sur l’Application de LA LOI DU 15 MARS 2004 SUR LE PORT DES SIGNES RELIGIEUX OSTENSIBLES DANS LES ÉTABLISSEMENTS D’ENSEIGNEMENT PUBLICS rapporté par Mme Hanifa CHERIFI
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/064000177/0000.pdf
Comité 15 mars et libertés, Rentrée 2004 une vérité dévoilée, Edition Bayane, 2005
Bilan du Collectif contre l’islamophobie en France CCIF et du Comité 15 mars Libertés
http://islamophobie.net/rapports/CCIF-bilan-loi15mars2004.pdf
http://www.islamophobie.net/sites/default/files/file_attach/RAPPORT-ANNUEL-CCIF-2013.pdf
Bilan du Collectif Une École pour Toutes et Tous
http://lmsi.net/Elements-d-un-futur-Livre-noir
Ismahane Chouder, Malika Latrèche, Pierre Tevanian, Les filles voilées parlent, La Fabrique, 2008
Amnesty International, « Choix et préjugés, La discrimination à l’égard des musulmans enEurope »
https://www.amnesty.org/fr/library/asset/EUR01/002/2012/fr/7e03b713-89d0-4134-818a-0cb003d42422/eur010022012fr.pdf
Témoignages et suivis de cas par nous-mêmes Ardlfm

10 ans d’une loi scélérate ! Ca suffit !!!

Le COLLECTIF DES FEMINISTES POUR L’EGALITE (CFPE) et une douzaine d’autres associations ont lancé un appel à mobilisation pour l’abrogation de la loi du 15 mars 2004 dite « sur les signes religieux dans les écoles publiques » le 14 décembre 2013. Depuis beaucoup d’autres organisations ont rejoint  cet appel….

La loi du 15 mars 2004, qui prétendait protéger les jeunes filles des hommes de leur entourage, a, depuis, montré son véritable visage, une loi d’exclusion, dont il est temps de faire le bilan :

1) Elle a constitué une première étape vers une multiplication de mesures discriminatoires partant d’une interprétation dévoyée de la laïcité exigeant l’invisibilité des signes religieux au-delà des fonctionnaires. Cette interprétation relevant d’une islamophobie d’Etat va s’étendre en visant au premier chef les femmes musulmanes :
– 2008 : affaire Baby-Loup ;
– loi de 2010 interdisant le port du voile intégral dans l’ « espace public » ;
– circulaire Chatel de 2011, interdisant aux mères voilées d’accompagner les enfants dans les sorties scolaires ;
– début 2013 : proposition de loi visant à l’interdiction du voile pour les employé-e-s des établissements privés de la petite enfance, ainsi que pour les nounous travaillant à domicile ;
– et depuis, en vrac, évocation de l’éventuelle adoption de lois réglementant le port du voile en entreprise, l’interdiction du port du voile à l’université, etc.

De fait, les femmes portant foulard sont discriminées partout (au travail, dans les organisations caritatives comme le Secours Populaire ou les Restos du coeur, à l’hôpital…). Dans les établissements scolaires, le port d’un bandana ou d’un bandeau, et /ou d’une jupe jugée trop longue est prétexte à exclure, hors de toute légalité (affaire Sirine). On doit donc constater que loin d’apaiser les conflits et de protéger les femmes, la loi de 2004 a été le déclencheur de comportements discriminatoires et haineux, qui y trouvent légitimation et déculpabilisation.

2) Dans le même temps les agressions et les violences contre les femmes portant foulard sont allées en se multipliant. La longue série d’agressions physiques subies par des femmes portant le foulard (Argenteuil, Reims, Orléans…) marquent un franchissement de plus dans la violence décomplexée. Malgré la multiplication de ces agressions, discriminations, humiliations… ces femmes musulmanes, voilées ou non, continuent de manifester leur résistance et leur volonté d’être présentes comme citoyennes à part entière, de prendre part aux luttes, y compris les luttes spécifiques aux femmes, et d’être pleinement actives, à l’école et à l’université, au travail, dans les associations, les syndicats, dans les partis… 

Dans ces conditions, nous, initiatrices et signataires de cet appel continuons et continuerons d’exiger l’abrogation de cette loi, sexiste et raciste, et de toutes les lois et circulaires discriminatoires dont elle a été comme le coup d’envoi.

 Disons STOP à l’expansion de l’islamophobie, à l’injustice et aux inégalités, ainsi qu’à la souffrance, à la stigmatisation et à l’humiliation qui en découlent pour les femmes musulmanes. 

1ers Signataires : CFPE (Collectif Féministes Pour l’Egalité), MTE (Mamans Toutes Egales), ARDLFM (Association pour la Reconnaissance des Droits et Libertés aux Femmes Musulmanes), PIR (Parti des Indigènes de la République), FUIQP (Forum Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires), AFD (Alliance for Freedom and Dignity), PSM (Participation et spiritualité Musulmanes), STOP CONTROLE AU FACIES, PACT (Participation Citoyenne), GP (Génération Palestine), UJFP (Union Juive Française pour la Paix), CEDETIM, 8 MARS POUR TOUTES, CCIPPP (Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien), AIX SOLIDARITE, FEMMES PLURIELLES, COLLECTIF LES MOTS SONT IMPORTANTS, ASSOCIATION MEMORIA NORD, FSQP (Forum Social des Quartiers Populaires), ACMMSE (Association Culturelle de la Mosquée de Montreynaud Saint-Étienne), PARTAGEUX, STRASS (Syndicat du travail sexuel), FONDATION FRANTZ FANON, COLLECTIF SORTIES SCOLAIIRES AVEC NOUS, COMITE 15 MARS ET LIBERTES, MPF (Musulmans Progressistes de France), LES DURES A QUEER, LES TUMULTUEUSES, AAW (American Against War), Association Les Déchaînées, Libertaires contre l’islamophobie…

 Contact : Cfpe2004@yahoo.fr
Site : www.cfpe2004.fr/