2004-2014: Le CFPE lutte toujours

 Pour marquer cette dixième année d’existence du CFPE, nous proposons une série de trois ateliers préparatoires à une journée de séminaire décentralisé pour analyser et mettre en perspective les luttes féministes communes à mener dans une société française traversée par de nombreuses crises. Il s’agit de se donner les moyens de créer des ponts entre les différents mouvements de femmes en résistance et des outils de lutte à partager.

Le premier atelier aura lieu le :

Vendredi 22 novembre de 18h à 21h au CICP, 21 ter rue Voltaire, Paris 11ème, sur le thème du corps avec une introduction au débat par Sonia Dayan :

 

Dévoiler le corps des colonisées

On a assisté ces derniers mois, en France, à une double séquence relevant clairement de ce que l’on peut appeler un « féminisme colonial » : d’une part divers projets montraient le souhait d’étendre au maximum l’interdiction faite aux femmes de se voiler ; de l’autre l’exhibition d’un corps largement dénudé (Femen) était présentée comme le symbole même de l’émancipation des femmes. Si l’on veut déconstruire ces attitudes et ces représentations, il faut rappeler :

1) que l’une des constantes de l’orientalisme consiste à ramener les « orientaux », et d’abord les musulmans et les arabes (hommes et femmes), à leur sexualité,

2) que, comme l’a montré récemment l’historienne Joan W. Scott, le voile met en avant la question de la sexualité et de la différence sexuelle, qui est déniée par le républicanisme français qui fait comme si les citoyen-ne-s étaient sexuellement neutres, alors que la société n’est nullement égalitaire…

3) les colonisateurs (et colonisatrices) français-e-s avaient visé le  corps des femmes  comme lieu symbolique de l’occupation et de la dévirilisation des Algériens, la question du « voile » devenant ainsi progressivement un conflit entre patriarcats (le patriarcat colonial  et le patriarcat des colonisés). 

Si on replace ainsi les débats actuels dans une perspective historique, on verra que cette volonté persistante de contrôler et dévoiler le corps des femmes musulmanes constitue également un bénéfice symbolique pour des femmes qui peuvent ainsi continuer à affirmer leur supériorité.

Et, sous réserve, avec la participation de Mona Chollet qui reviendra sur son analyse de l’engouement politico-médiatique des Femen (Femen partout, féminisme nulle part).

Merci de vous inscrire à l’atelier sur : cfpe2004@yahoo.fr

à lire: DixansCFPE

Interdire les signes religieux au travail, c’est faire un pas vers l’islamophobie d’État

LE PLUS. Depuis l’histoire de la crèche Baby Loup, une partie de la classe politique réfléchit à un moyen d’étendre la loi sur l’interdiction des signes religieux à l’école à d’autres espaces publics. Pour les militantes féministes Louiza Belhamici, professeure de Lettres et Sonia Dayan-Herzbrun, sociologue, c’est une ineptie.

Édité et parrainé par Hélène Decommer

Depuis deux mois nos élus s’affolent à nouveau devant le danger que présenteraient à leurs yeux, jupes, foulards ou bandeaux trop longs, trop larges, trop voyants

Un esprit contraire à la loi de 1905
Après l’arrêt en date du 19 mars 2013 rendu par la Cour de Cassation à propos de l’affaire de la crèche Baby Loup, François Hollande a déclaré prévoir une refonte législative en vue du vote d’une loi étendant le champ de l’interdiction des signes religieux dans certains lieux de travail « dès lors qu’il y a contact avec les enfants », notamment « les crèches associatives avec financements publics ». C’est dans cette perspective qu’il a inauguré, peu de temps après, l’Observatoire de la laïcité dont la première mission est de réfléchir à une loi sur le port de signes religieux en entreprise.

La droite parlementaire s’est immédiatement engouffrée dans cette brèche en rédigeant une proposition de loi « visant à réglementer le port de signes et les pratiques manifestant une appartenance religieuse ». Par une surenchère sur ce qu’elle considère à tort comme une atteinte au pacte républicain, elle cherche à griller la politesse à la gauche sur le dos de femmes qui n’en demandent pas tant.
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La table ronde du CFPE au FSM

Détermination et enthousiasme 

Ce sera Salle 12 nous a-t-on dit.

De salle 12 il n’y eut point, seulement une salle 2 déjà occupée pouvant accueillir une trentaine de participant-e-s au maximum. Négociation avec les autres occupantes pressenties, nous nous installons finalement à l’étroit mais soulagées. Il est vrai que la volonté de se respecter, de faire au mieux, de trouver des solutions, la gentillesse, furent les traits marquants du comportement des organisateurs et des 65 000 participant-e-s au Forum Social Mondial de Tunis. Les problématiques abordées, parmi lesquelles la question des femmes et du féminisme, ont été multiples.

Dans cette belle dynamique le CFPE a fait entendre son point de vue en organisant une table ronde autour d’une question simple dans l’énoncé : Dire « nous  féministes », quel sens cela a-t-il ? Peut-on même encore  le dire ?  Continuer la lecture

Agressions de femmes voilées à Argenteuil!

Le jeudi 13 juin dernier, une femme musulmane voilée a été agressée à Argenteuil avec une telle violence qu’elle vient de perdre son bébé.

Ces agressions se multiplient ; les victimes en sont des femmes musulmanes portant le foulard ; le silence qui les entoure est effrayant, accablant. Les violences contre les femmes se développent, aujourd’hui comme hier, sur le terreau d’un silence qui banalise et tue.

Le Collectif des Féministes pour l’Egalité dénonce les attaques qui visent spécifiquement les femmes musulmanes –parce qu’elles sont femmes et parce qu’elles sont musulmanes ; et demande un traitement médiatique et juridique de ces agressions adéquat, fondé sur la loi et le souci de la paix civile. Un traitement adéquat commencerait par dénoncer les rodomontades islamophobes qui émaillent le discours public : car comment ne pas établir de lien entre ces déclarations hostiles et la recrudescence d’agressions « motivées » par la religion –visible- des victimes ?

En tant que féministes nous nous étonnons du silence des autres féministes. Auraient-elles eu une telle absence de réactions si des femmes non voilées avaient été agressées par des « barbus » ? Sans doute pas. Ce deux poids deux mesures est insupportable, et il donne à voir l’impact profond du racisme qui vise les musulmans et surtout les musulmanes.

C’est pourquoi nous souhaitons rencontrer dans les meilleurs délais les représentants du gouvernement ayant en charge les questions relatives aux femmes et relatives à la sécurité.

Nous nous joignons à l’appel au rassemblement prévu le samedi 22 juin à 15 heures devant la sous-préfecture d’Argenteuil, 2 rue Alfred Labrière (face à la gare d’Argenteuil).

Paris le 20 juin 2013

Manifestation «Mamans toutes égales» : samedi 18 mai 2013 à 14 h devant l’UNICEF

Pour la défense de la laïcité, de la liberté d’expression et de l’égalité de traitement ! Non à l’islamophobie ! Non à l’exclusion des mères, portant un foulard, de l’école !



LES FAITS

Le rapport 2012 de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) confirme l’inquiétante montée des sentiments et des actes antimusulmans en France. Les femmes en sont les principales victimes. Selon le rapport 2012 du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), elles subissent 94 % des agressions islamophobes recensées.

Dans le même temps, les discriminations déjà en place se maintiennent. Le collectif Mamans toutes égales (MTE) continue ainsi de recenser et de défendre les nombreuses mères portant un foulard exclues illégalement de l’accompagnement des sorties scolaires et de toutes les activités parascolaires sous les yeux de leurs enfants. Une stigmatisation générant humiliation et souffrance, pour les mères et les enfants.

Le cas de Sirine, exclue par le conseil de discipline de son collège pour port de bandeau et de jupe trop longue, est édifiant.

DERRIÈRE LE MOT « LAÏCITÉ », LE RACISME

Lorsque des ministres exigent l’application de la laïcité alors que la Cour de cassation a reconnu la discrimination religieuse dont avait fait l’objet une salariée de la crèche Baby Loup (licenciée parce qu’elle portait le foulard), c’est l’islamophobie qui parle.

La particularité de l’islamophobie est de ne pas être reconnue pour ce qu’elle est : du racisme. Des mesures, qui ne visent en réalité que les musulman-e-s, sont masquées derrière une prétendue défense de la laïcité.

LA LAÏCITÉ C’EST L’ÉGALITÉ

La laïcité n’est pas une atteinte aux libertés religieuses. Au contraire, elle en est la garantie. Elle n’est pas l’athéisme obligatoire ou l’obligation d’invisibilité religieuse dans les lieux publics.

La loi de 1905 est claire : elle garantit la liberté de conscience et donc de croyance et d’expression (religieuse ou non, en public et en privé), en séparant l’État de l’organisation et du financement des cultes.

Le principe de laïcité définit que la France n’a pas de religion d’État et que les services publics ne peuvent être rattachés à une quelconque autorité religieuse. Cela ne concerne pas les activités personnelles ou professionnelles de chacune et chacun !

VOUS AVEZ DIT « CHANGEMENT » ?

Aujourd’hui, après une interminable série d’attaques politiques et législatives, encourageant la multiplication des agressions islamophobes, François Hollande et son gouvernement ne changent rien. Au contraire, ils multiplient les annonces :

-  proposition de loi, enregistrée à l’Assemblée nationale le 16 janvier 2013, visant à étendre le principe de « neutralité religieuse » notamment aux assistantes maternelles, y compris à leur domicile, et aux structures d’accueil de la petite enfance,

-  mise en place d’un observatoire de la laïcité, composé de partisans d’une laïcité d’exclusion,

-  annonce d’une nouvelle loi d’exclusion, qu’ils appellent la « laïcité » au travail.

HALTE AUX DISCRIMINATIONS : ÉGALITÉ POUR TOUTES ET TOUS !

Concrètement, c’est le droit de participer à la vie publique, de travailler, de s’impliquer dans la scolarité de leurs enfants des femmes portant un foulard qui est bafoué. Ces mesures contribuent aussi à cautionner les agressions qu’elles vivent au quotidien et les excluent totalement de l’espace public.

De plus, alors que les discriminations sont déjà très nombreuses, il semble que l’exclusion des musulmanes et musulmans du monde du travail fasse partie de l’agenda gouvernemental : nous nous y opposerons !

C’est pourquoi nous exigeons :

-  l’abrogation de la circulaire Châtel en ce qu’elle recommande l’exclusion des mères portant un foulard de l’accompagnement des sorties scolaires ;

-  l’abandon des deux projets de lois d’exclusion annoncés.

Stop aux discours, aux actes, aux lois racistes et d’exclusion !

MOBILISONS-NOUS ! RDV – Samedi 18 mai 2013 14 heures Devant l’UNICEF, 1 rue Pierre Lescot, métro Châtelet-Les Halles

1ers signataires :
-  Salaam Sciences Po
-  Collectif féministe ROSA
-  ARDLFM (Association pour la Reconnaissance des Droits et Libertés à la Femme Musulmane)
-  CFPE (Collectif Féministes Pour l’Egalité)
-  PSM (Participation et Spiritualité Musulmanes)
-  PIR (Parti des Indigènes de la République)
-  MRAP Paris 19ème/20ème
-  CCIPPP (Campagne civile internationale pour la protection du peuple palestinien)
-  Collectif 8 mars pour Toutes
-  Collectif Les mots sont importants
-  AFD France (Alliance for Freedom and Dignity)
-  AEP (Les amis de l’école publique)
-  MCQM (Mouvement citoyen des quartiers de Montreuil)
-  NPA (Nouveau parti anticapitaliste)
-  CRI (Coordination contre le racisme et l’islamophobie)
-  CEDETIM/IPAM (Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale)
-  UJFP (Union juive française pour la paix)
-  HM2F (Homosexuels musulmans de France)
-  CGT Sony DADC France
-  Les Tumultueuses
-  Alternative Libertaire
-  CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France)
-  MPF (Musulmans progressistes de France)
-  G.A.R.C.E.S (Groupe d’Action et de Réflexion Contre l’Environnement Sexiste)
-  CMF (Collectif des musulmans de France)
-  FTCR (Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives)
-  Parti EGALITE (Belgique)
-  ATMF (Association des travailleurs maghrébins de France)
-  Les Alternatifs
-  Militants et sympathisants du Front de Gauche contre l’islamophobie
-  Commission Islam&Laïcité

 

Contribution de Marie-Laure Bousquet

F.S.M. Tunis, mars 2013.

« Nous » Féministes : Y-a-t-il un singulier de ce pluriel ? Si oui, quel est-il ?

Lorsque j’ai rejoint le C.F.P.E. (Collectif des Féministes pour l’égalité) en 2005, j’ai su que j’avais enfin trouvé le lieu où je me sentais « chez moi » après avoir traversé, à la façon d’une passagère clandestine, la détresse intérieure d’être qui nous a donné la force, le courage et l’énergie d’organiser en novembre dernier le colloque international intitulé :  Regards croisés de femmes en lutte, après avoir été frappée d’une impossibilité d’exister en tant que féministe musulmane. Frappe d’une violence inouÏe inconnue jusqu’ici, plus forte encore que celle vécue comme être infériorisé par les siècles patriarcaux. Là, il ne s’agissait plus d’être « moins » mais de ne pas être du tout. Un véritable éclatement de soi généré par celles et ceux entre les mains de qui résidait le pouvoir de définir ce que devait être, à leurs yeux, l’islam et le féminisme au singulier.

C’est chez une féministe juive que, au début des années 90, j’ai trouvé ce qui m’a aidé à surmonter cet éclatement qu’elle-même avait vécu et dont elle parle dans son livre :  Standing again at Sinaï. Elle y explique très bien que tant que l’on reste sous la menace terroriste du « ou bien ou bien », ou tu es féministe ou tu es juive (musulmane en ce qui me concerne), on laisse à d’autres le pouvoir sur les définitions identitaires qui classent, catégorisent, selon la logique implacablement immobile de l’exclusion. Avec elle, elle s’appelle Judith Plaskow, je commençais à me sentir « chez moi ». C’est ensuite que j’ai découvert les penseuses pionnières du féminisme musulman, à la fin des années 90, qui, elles aussi, posaient la même question du : « what’s in a name, », question qui est aussi le titre du premier chapitre de l’ouvrage de Amina Wadud Inside the gender jihad. Le C.F.P.E. fut donc pour moi la rencontre d’un espace de liberté, liberté d’expression d’un « nous » possible où puissent se vivre et se dire à la fois les conflits et alliances de loyautés d’un pluriel émancipateur, à égalité entre féministes musulmanes et non musulmanes essayant ensemble de forger les outils d’une logique d’inclusion.

C’est ce « nous » qui nous a donné la force, le courage et l’énergie d’organiser, en novembre dernier, le colloque international intitulé Regards croisés de femmes en lutte vers un féminisme sans frontières, dans le fil des féminismes postcoloniaux. C’est ce »nous » qui m’a permis d’apporter ma contribution personnelle à la question féministe et, à travers la mise en circulation d’ouvrages sur le sujet que je connaissais et aussi le partage de mon expérience des quatre rencontres internationales sur Féminisme islamique  de Barcelone et Madrid.

Pour sortir le sujet de l’immobilisme identitaire hégémonique, il est courant maintenant de parler de « de-essentialiser » l’un et l’autre. De la même façon qu’il n’existe pas un modèle féministe détenteur de la vérité universelle, il n’existe pas non plus un seul vrai islam, mais dans les deux cas, des féminismes pluriels et des islams pluriels. Autrement dit, pour sortir de « l’essence » d’un singulier totalitaire qui fige, on pluralise, on diversifie dans un pluriel qui met en mouvement.

Comme d’autres, j’ai utilisé ce vocabulaire du « essentialiser », « de-essentialiser » jusqu’au jour où j’ai découvert, il y a deux ans, donc récemment, l’ouvrage d’une philosophe française, Catherine Malabou, dont le titre m’a tout de suite interpellé et attirée. Il s’intitule : Changer de différence, le féminin en philosophie. Venant du mouvement féministe français et ayant vécu de l’intérieur les débats conflictuels entre féministes « égalitaristes » et « différentialistes», entre celles du « deuxième sexe » de Simone de Beauvoir et celles du « temps de la différence » de Luce Irigaray, sans que je puisse obéir aux injonctions de se situer d’un côté  ou de  l’autre car me sentant dans les deux à la fois, j’ai tout de suite eu envie de me plonger dans ce livre. Je ne suis pas philosophe et donc, je n’ai pu entrer dans son vocabulaire de spécialiste, surtout dans deux chapitres où elle parle de son cheminement dans la pensée philosophique de la déconstruction, en tant qu’ancienne élève de Jacques Derrida, mais  dans le premier et le quatrième, elle essaie de tricoter ensemble féminin, femme, féminisme pour sortir justement des bagarres entre « essentialistes » et « anti-essentialistes » et ainsi « marquer une nouvelle ère de la lutte féministe et orienter autrement le combat » dit-elle.

Ce que j’y ai appris et qui a, à la fois bousculé mes certitudes et conforté mes intuitions sur le fait de me sentir dans l’égalité et la différence, c’est ce qu’elle dit du mot « essence » justement et de son sens en philosophie, sens sur lequel il y a toujours eu un malentendu,  selon elle, de la part des théoriciennes du genre qui l’ont toujours interprété comme synonyme d’une fixité immobile, immuable, d’une nature, d’une anatomie, d’une biologie figée dont on ne peut sortir qu’en la dynamitant, qu’en la niant et en la remplaçant par le tout est construit de la culture. Or, dit-elle, c’est là une conception « vulgaire », « inculte » du mot « essence » qui, en philosophie, n’a jamais signifié la fixité, la rigidité de « l’être » par rapport à « l’étant » ou, pourrait-on dire de « nature » par rapport à « culture ». Au contraire, il veut dire la transformabilité, la substitutionnalité incessante de l’un dans l’autre, le processus, le mouvement même, ce qu’elle appelle la plasticité originelle d’une identité jamais en repos, toujours dynamique. Et ainsi : « redonner à l’essence sa plasticité originelle, c’est redonner à la différence la dynamique de sa puissance, la différence est un échangeur et non un principe de sélection ou de ségrégation duelle ». Il y a donc une ondulation originelle qui met l’égalité en mouvement. J’aime beaucoup ce mot de «plasticité» car il me semble habiter le «nous» de notre collectif qui ose un féminisme qui bouscule les frontières de nos identités respectives, où nos différences sont des échangeurs d’égalités. Un féminisme qui travaille à ce que les féministes juives, revisitant et réinterprétant une expression de leur tradition religieuse, appellent «la réparation du monde».

 

 

 

Contribution Dr Amel Ben Said

Forum Social Mondial – Tunis 26-30 mars 2013
Table ronde : « Nous » féministes : comment le dire ?
 Pouvons-nous le dire ? 

Mesdames et messieurs,
Je voudrais d’abord présenter mes vifs remerciements aux militantes
amazones du collectif « Féministes pour l’égalité » et à Ismahane Chouder en
particulier de m’avoir conviée à cette  table ronde  autour du thème : « Nous »
féministes : comment le dire ? Pouvons-nous le dire ?
Ces questions posées cacheraient à mon avis, du moins tacitement une
double crainte : d’une part, la crainte du mouvement féministe occidental qui a
étendu son hégémonie à toutes les ONG féministes à l’échelle mondiale et
même aux différentes organisations des Nations unies et a imposé son modèle
comme l’unique modèle libérateur de la femme, d’autre part la crainte de la
réaction de sa propre communauté qui pourrait réagir négativement par
superposition au mouvement féministe mondial.
Dans les deux cas, ce sont des craintes qui me semblent justifiées mais qui
devraient plutôt galvaniser les militantes des mouvements féministes à lever le
double défi en montrant  premièrement qu’il n’existe pas un seul modèle de
féminisme bien au contraire, un modèle de féminisme cloné pourrait se
répercuter négativement sur les droits des femmes dans les pays du monde  et
deuxièmement que  les droits violés des femmes dans les sociétés patriarcales
sont le fruit de traditions ancestrales qui doivent évoluer avec ces sociétés et
justifient la création de mouvements féministes.
De plus, ces femmes vivent dans des contextes socio économiques et culturels
très différents d’une société à l’autre, d’une communauté à l’autre et d’un
milieu à l’autre, aussi il ne sera jamais de trop de multiplier les mouvements
féministes. En effet, les problèmes de la femme noire latino américaine sont
différents de ceux de la femme noire africaine qui sont différents de ceux de la
femme européenne ; ceux-ci sont différents des problèmes de la femme arabe
qui sont eux mêmes différents d’un pays arabe à un autre et ainsi de suite. La
diversité contextuelle devrait donc se traduire par une pluralité du féminisme
et cela doit constituer un atout pour les femmes dans le sens où grâce à cette
pluralité, on multiplie les points d’entrée à la défense des droits des femmes là
où elles sont et non là ou nous voulons qu’elles soient. On accroitra ainsi les
chances de synergie d’action des différents mouvements féministes. Une
société de clones serait une société de monstres !
Mais la question qui se pose est la suivante: la pluralité expose-t-elle à la
fragmentation ? Ma réponse est oui si cette pluralité s’avère une pluralité au
service de luttes idéologiques et non une pluralité de luttes pour la même
cause des femmes. Ce point me rappelle d’ailleurs les quatre conférences
mondiales sur les femmes dont la première a eu lieu à Mexico en 1975, la
deuxième à Copenhague en 1980, la troisième à Nairobi en 1985 et la
quatrième à Beijing en 1995. Les conférences de Mexico et de Copenhague ont
connu des tensions fortes et des querelles entre les ONG  du bloc de l’Est
communiste et celles du bloc de l’Ouest libéral alors que toutes prétendaient
venir à ces conférences pour défendre les droits des femmes.
Aujourd’hui, après la disparition des blocs de l’Est et de l’Ouest,
l’idéologisation des mouvements féministes peut prendre des formes de lutte
entre religieux et laïcs, conservateurs et modernistes ou des formes de lutte entre
mouvements loyaux à des partis politiques qui vont les instrumentaliser dans
leurs combats électoraux.
Donc le risque de fragmentation est réel. Il faut en prendre conscience et
remplir certaines conditions pour garantir la pluralité synergique sans tomber
dans la fragmentation. A ce titre, les mouvements féministes devraient veiller
à :
1. préserver leur indépendance et se garder de s’impliquer dans les luttes
idéologiques ou politiques. Toutefois, être indépendant ne contredit pas de
mon point de vue la possibilité d’avoir un référentiel religieux ou autre
mais quelque soit ce référentiel, il doit être contextualisé et inscrit dans une
vision pragmatique afin qu’il ne se transforme pas en dogme. Tout est question
de distinguer la carte du monde du monde lui-même. Chacun de nous possède
sa carte et au lieu de gaspiller du temps et de l’énergie à confondre sa carte avec le
monde, mieux vaut l’utiliser pour se rapprocher de l’autre et chercher avec lui
les terrains communs de collaboration pour mieux défendre les droits des
femmes.
2. respecter la diversité culturelle et les contextes locaux de la dynamique
féministe et ne pas refaire les erreurs du mouvement féministe mondial,
3. adopter une approche culturellement sensible en exploitant les valeurs
religieuses et culturelles potentiellement favorables au respect des droits des
femmes (il serait privatif d’avoir une position unilatérale vis-à-vis de la culture
et la religion en considérant qu’elles ne constituent que des obstacles à la
libération de la femme),
4. ne pas dévier la lutte des femmes pour leurs droits vers la lutte des femmes
contre les hommes. L’ennemi des femmes n’est pas l’homme mais bien la
pauvreté, l’analphabétisme, les maladies, les guerres, l’exclusion, la
marginalisation, le racisme, la violence fondée sur le genre… D’ailleurs, une
large frange des hommes font face au même ennemi. Il ne faut pas oublier non
plus qu’une partie des injustices commise à l’encontre des femmes l’est par des
hommes qui ont été ainsi éduqués par des femmes. La lutte des femmes doit
être focalisée sur l’équité, l’égalité, l’accès universel à l’éducation et aux soins,
l’autonomisation, la participation à tous les niveaux décisionnels et dans tous
les milieux, la lutte contre la violence fondée sur le genre, la citoyenneté
entière, la valorisation de l’image de la femme auprès des médias etc.
Ainsi nous voyons que face à ces défis qui constituent de grands chantiers, le
monde en général et les femmes en particulier ont besoin d’autant de
féminismes qu’il y a de sociétés et de cultures. Il ne faut pas seulement ne
pas avoir peur de la pluralité du féminisme mais plus que ça, il faut la défendre
face à l’hégémonie du modèle unique du féminisme. Tel le genre humain, je
vois le féminisme au pluriel dans ses expressions, au singulier dans sa
solidarité.
Je vous remercie.

Cour de cassation et Baby Loup

COMMUNIQUE DE PRESSE Suite à la décision de la Cour de cassation d’annuler le  licenciement d’une salariée voilée

le communiqué de presse ARDLFM (Association pour la Reconnaissance des Droits et Libertés aux Femmes Musulmanes) concernant la décision de la Cour de cassation d’annuler le licenciement d’une salariée voilée et ses suites.
à télécharger:
Communiqué presse Cour cassation et Baby Loup

 

Bienvenue à l’Assemblée des Femmes du Forum Social Mondial le 26 mars 2013 à 10 h au campus universitaire à Tunis

FSM Tunis 2013 010

Bienvenue à l’Assemblée des Femmes du Forum Social Mondial
Le 26 mars 2013 à 10 h au campus universitaire à Tunis
Nous, Dynamique femmes tunisiennes du FSM , appelons les femmes du monde entier à se joindre à l’assemblée des femmes qui se tiendra le 26 Mars à 10H sous le thème :
« Femmes en lutte »
L’assemblée des femmes est un moment primordial pour nous femmes afin qu’on se retrouve toutes ensemble pour exprimer notre solidarité avec toutes les femmes en lutte et notre rejet du capitalisme sauvage et de tout modèle du développement qui nous chosifie, nous marginalise, nous violente, nous abandonne au chômage et à la précarité et nous exclue des lieux de décision et des richesses.
Nous voulons que notre présence soit aussi grande que sont nos luttes contre les discriminations et aussi diversifiée que sont les formes de violences que nous subissons et aussi importante que notre combat pour qu’un autre monde soit possible.
Faisons de cet espace un moment de partage d’expérience , de solidarité , un moment pour nous ressourcer de notre créativité militante, de notre combativité et des différentes formes de résistance et de lutte : lutte contre les violences à l’égard des femmes dans l’espace privé et publique ,au moment de conflits et de paix ; lutte contre la féminisation de la pauvreté et de la précarité ; lutte pour l’accès à la terre et au logement ; lutte pour nos droits sexuels et reproductifs ; lutte pour préserver notre planète et notre santé.
Nous voulons que notre présence dans la Tunisie de la dignité soit la voix de la révolution et non celle d’une voix de liberté à étouffer.
Portons ensemble la voix des femmes contre le patriarcat dominant et contre toutes les formes de fondamentalisme et d’intégrisme voulant s’approprier et contrôler nos corps.
Votre présence est l’expression de votre solidarité avec nous femmes tunisiennes et avec toutes les femmes de la région arabe en lutte pour que le processus révolutionnaire en cours soit celui des droits et des libertés et de la distribution juste des richesses. Soyons ensemble face aux défis, soyons ensemble pour nos droits universels indivisibles, pour notre dignité, notre citoyenneté, nos libertés.
Pour un monde égalitaire et juste ,pour des choix économiques en faveur de l’être humain et non à un système d’exploitation obéissant à une logique de profits , non aux dictats de la dette.
Soyons nombreuses, soyons solidaires, retrouvons nous le 26 Mars 2013 à 10H au campus
universitaire à Tunis.
Un autre monde est possible