voiles-sorties-scolaires-ces-mamans-ne-sont-pas-faire-prosélytisme-explique-D.Bouzar

Polémique autour du voile des mamans musulmanes lors des sorties scolaires. Le Conseil d’Etat a rendu son avis mais n’a pas tranché. D. Bouzar sur RMC explique les conséquences du refus du voile sur l’intégration des enfants.:
http://rmc.bfmtv.com/info/556501/voiles-sorties-scolaires-ces-mamans-ne-sont-pas-faire-proselytisme-explique-bouzar/

Laïcité: la gauche est-elle chiraquienne ou sarkoziste? par Jean Baudérot

source : Mediapart:http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-bauberot/241213/laicite-la-gauche-est-elle-chiraquienne-ou-sarkoziste

C’est un arrêt un peu ambigü que vient de rendre le Conseil d’Etat. Les uns y voient une « ouverture », certains même affirment que le Conseil a donné raison aux mères qui veulent ne pas être empêchées d’accompagner leurs enfants dans les sorties scolaires, parce qu’elles portent un foulard ; d’autres (et le MEN semble aller dans ce sens) veulent y voir une confirmation de la circulaire Chatel. Tentons de dégager la signification de cet imbroglio.

D’abord, que dit la circulaire Chatel : « Il est recommandé de rappeler dans le règlement intérieur que les principes de laïcité de l’enseignement et de neutralité du service public sont pleinement applicables au sein des établissements scolaires publics. Ces principes permettent notamment d’empêcher que les parents d’élèves ou tout autre intervenant manifestent, par leur tenue ou leurs propos, leurs convictions religieuses, politiques ou philosophiques lorsqu’ils accompagnent les élèves lors des sorties et voyages scolaires. » Déjà, on n’est pas dans l’interdiction absolue que certains affirmaient : il est recommandé, mais pas obligatoire, de mettre dans le RI des principes qui permettent d’empêcher.

Maintenant que dit le Conseil d’Etat : essentiellement deux choses :

D’abord, et ce n’est pas négligeable, il va à l’encontre de la notion de « collaborateurs occasionnels du service public » qui seraient soumis en tant que tels à la « neutralité religieuse ». C’est uniquement au niveau des dommages corporels qui pourraient être subis dans l’exercice des services rendus que cette notion « purement fonctionnelle » est applicable. Or, on a voulu effectivement élargir la notion au-delà de cet aspect fonctionnel pour établir une catégorie de personnes qui, sans être des « personnes publiques », seraient néanmoins soumises à l’obligation de neutralité. Là, il y a clairement un refus et à lire ce passage on pourrait croire que les mères de familles ont vraiment obtenu gain de cause.

L’affaire est, cependant, plus complexe car, ensuite, le Conseil d’Etat nuance sa position : «les exigences liées au bon fonctionnement du service public de l’éducation peuvent conduire l’autorité compétente, s’agissant des parents qui participent à des déplacements ou des activités scolaires, à recommander de s’abstenir de manifester leur appartenance ou leurs croyances religieuses». Les juristes vont nous proposer des exégèses de ce passage qui seront peut-être plurielles.

En effet, la nuance n’abolit pas l’ouverture mais la relativise. Le Ministère, à mon sens a tort s’il prétend que l’on est toujours dans la logique de la circulaire Chatel : en effet de « recommander…d’empêcher » on est passé à « les exigences…peuvent conduire… à recommander ». D’une part l’aspect facultatif est plus clairement affirmé, d’autre part, en français courant en tout cas,« recommander de s’abstenir » ne signifie pas « empêcher ». Cela signifie plutôt : il vaudrait mieux que, il serait opportun… Ce n’est pas, à proprement parler, une interdiction. Et puis, il faut prouver quelles sont les « exigences » qui induisent la recommandation faite.

Cela me conduit à deux commentaires.

Le premier est le suivant : Selon le site de Libération, le ministère de l’Education nationale réaffirme que «le milieu scolaire est un cadre qui doit être particulièrement préservé» et estime, dans un communiqué, que cette circulaire datant de mars 2012 «est mise en oeuvre sur le terrain avec intelligence, en privilégiant toujours la voie du dialogue». Une fois de plus, un quidam du ministère raconte n’importe quoi. C’est faux : aux mères portant un foulard, certains chefs d’établissement opposent une pseudo obligation qu’imposerait la circulaire Chatel, voire la Charte de la laïcité qui, pourtant, ne dit pas un mot sur la question. On sait depuis Courteline le courage et l’intelligence de l’administration, avec cette déclaration dite du ministère, on en a un nouvel exemple.

Le second est que la balle se trouve effectivement dans le camp du ministère, et plus largement du gouvernement. Où il cautionne et renforce cette relative ouverture en affirmant que la circulaire Chatel n’est plus valable (d’ailleurs elle concernait la « rentrée 2012 » et rien n’est dit à ce sujet dans la circulaire de la rentrée 2013). On en revient alors à la situation qui existait sous Chirac. Les mères de familles portant un foulard pouvaient accompagner les sorties scolaires. Et si un homme portant une kippa avait demandé à le faire, il aurait eu, bien sûr, ce même droit. D’ailleurs quand la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations (HALDE) avait été consultée, elle avait déclaré qu’une telle interdiction était discriminatoire.

On sait que Sarkozy a normalisé la HALDE, pour lui faire prendre un avis contraire, puis l’a tout simplement supprimée, la mettant dans le grand ensemble fumeux, et peu actif, qu’est le « Défenseur des droits ». Le recul au niveau de la lutte contre les discriminations est net depuis l’époque Sarkozy, Guéant et Cie. Et c’est depuis ce temps-là que les mères de familles rencontrent des problèmes dans certains établissements, pas dans tous.

Alors, il s’agit de savoir si la gauche au pouvoir est ou n’est pas plus à droite que Chirac. Est-elle chiraquienne ou carrément sarkoziste ? On aimerait que la réponse soit peu douteuse. Mais le parti socialiste a eu, quand j’étais adolescent, un grand homme de gauche (c’est de l’ironie) à sa tête. Il s’appelait Guy Mollet. A 15 ans, 16 ans, j’étais déjà dégouté. Mollet est devenu un cadavre dans le placard, dont il est de bon ton de ne plus parler. Mais jamais le PS n’a vraiment effectué la critique du mollétisme, de ce qu’il a impliqué comme grave dérive et je crains qu’un inconscient colonial pèse toujours sur un bon nombre de dirigeants de ce parti. Mollet invoquait de pseudo valeurs, on les invoque derechef !

En tout cas, que la gauche assume ce qu’elle fait et qu’elle ne s’abrite pas devant le pseudo intérêt des enfants. L’argument ressemble trop à celui des adversaires du mariage pour tous, prétextant également l’intérêt des enfants. L’Etat finance à 80% des établissements où officient des bonnes sœurs en habits, et depuis longtemps la gauche ne prétend plus que cela menace la République ! Laïcité double-jeu !

La gauche est donc devant ses responsabilités. Va-t-elle désocialiser des femmes qui ne demandent qu’à donner du temps et de l’énergie à concourir à une œuvre d’intérêt général ? Va-t-elle les obliger à se replier sur leur communauté, quitte à les accuser ensuite de « communautarisme » ? Si cela s’avère le cas, soyons nombreux à faire savoir que nous ne sommes pas de cette (pseudo) gauche là.

Christiane Taubira ; un traitement à l’intersection du racisme et du sexisme

Source: http://www.crepegeorgette.com/2013/09/16/christiane-taubira-un-traitement-entre-racisme-et-sexisme/

Toutes les femmes politiques subissent du sexisme c’est à dire qu’elles sont critiquées sur ce qu’elles sont mais pas sur ce qu’elles font. Elles sont ainsi renvoyées à leur genre lorsque leurs idées politiques, leurs propositions de loi ne conviennent pas à leurs opposants. On va ainsi renvoyer une femme à « garder les enfants » ou « à ses casseroles ». Lors de la proposition de loi sur les 35 heures, un chef d’entreprise proposa d’envoyer à Martine Aubry un bataillon de parachutistes ; pour lui, il était évident qu’une telle proposition ne pouvait avoir été dictée par la raison, mais par la frustration sexuelle. Lors de l’élection à la députation de Marion Maréchal-Le Pen, beaucoup ne se privèrent pas de créer des photo-montages pornographiques au lieu de l’attaquer sur le terrain des idées. Les femmes sont ainsi renvoyées au sexe et à leur sexe. Rachida Dati fut attaquée pour sa futilité et son goût pour la mode, alors que Sarkozy, au même moment, hésitait entre Rolex et yacht de Bolloré. Inutile de préciser que pendant que l’une était dite futile et donc incompétente pour le poste auquel elle avait été nommée, y compris au sein de son propre camp, l’autre était simplement bling bling.  Cécile Duflot dut affronter des sifflets en pleine assemblée nationale pour une simple robe ; et Roselyne Bachelot, alors qu’elle entamait une carrière de chroniqueuse, dut affronter des critiques sur son physique du mince, superbe et éternellement jeune Balkany. Il ne s’agit évidemment pas de considérer qu’une femme ne doit pas être critiquée, mais de considérer la nature des critiques qui touche le genre et pas l’action menée.

Christiane Taubira est ministre de la justice ; elle est également une femme, noire et âgée. Elle porte, quasiment seule d’ailleurs, deux très gros projets du gouvernement Ayrault, le mariage pour tous et la réforme pénale. Il était logique et normal que le flot de critiques soit ininterrompu ; pourtant ce qu’elle subit depuis plusieurs mois et qui est très visible sur les réseaux sociaux et les commentaires d’articles de journaux en ligne est une attaque sur ce qu’elle est et pas sur ce qu’elle fait. On peut également noter, que, pour beaucoup de ceux qui la critiquent, ce qu’elle fait est la conséquence directe de ce qu’elle est. Il serait impossible d’étudier les attaques subies sous un seul prisme, le racisme ou le sexisme, car on ne cernerait pas combien ces attaques combinent sexisme et racisme. Une femme blanche ne subirait pas les mêmes attaques, un homme noir non plus. Nous allons d’ailleurs voir qu’une femme noire jeune subirait également d’autres types d’attaques. Taubira subit une triple discrimination, sur la race, le genre et l’âge, et c’est sur cela qu’elle est attaquée.

Le critère de baisabilité 

Les femmes publiques (…) sont jugées à l’aune du critère de baisabilité. Si elles le sont (« sa coupe à la garçonne, ses fesses menues, son corps sec et nerveux », Nicolas Rey à propos de de la ministre Najat Vallaud-Belkacem dans Lui) elles seront aussitôt soupçonnées d’être incompétentes. Ce sont des hommes qui projettent leurs fantasmes, leurs désirs sexuels sur des femmes qui n’ont rien demandé et fort logiquement, elles en deviennent responsables et coupables. Si elles sont baisables donc, si des hommes se perdent en digressions sexistes et irrespectueuses des femmes et de leur fonction (Hugues Foucault maire de Bretagne parla ainsi d’un stylo sucé érotiquement par NVB), ce sont elles qui seront jugées pour cela. L’idée de la femme, tentation pour l’homme, est très présente et ce sont forcément les femmes qui sont tenues pour responsables des excitations de ces messieurs. Pire, si elles sont excitantes c’est parce qu’elles sont bêtes. On renvoie donc les femmes à l’idée qu’elles doivent être séduisantes ; ainsi certains journaux ont pu critiquer le poids de Duflot, mais si elles le sont, cela leur revient rapidement en pleine figure puisqu’elles sont jugés indignes d’exercer certaines fonctions.
Pile on perd, face on ne gagne pas.
Les femmes ne répondant pas au critère de baisabilité ne sont évidemment pas épargnées ; elles sont soupçonnées de frustration sexuelle, d’être, disons-le clairement, mal baisées, et de mener leur carrière politique à l’aune de cette frustration. Eva Joly se présenta ainsi en « norvégienne ménopausée » pour tenter de répondre avec humour aux attaques sexistes et xénophobes qu’elle subissait. Elle eut droit, pendant la campagne présidentielle, à la sortie de photos d’un concours de beauté menée quelques 30 ans plus tôt ; la sortie de ces images n’était pas anodine. Nous étions face à une femme qui n’en avait pas grand chose à faire de l’apparence physique ce qui est dramatique dans une société sexiste. Montrer qu’elle « avait été » mais « n’était plus » était un moyen sexiste d’expliquer sa prétendue folie, sa prétendu agressivité, sa prétendue incompétence ; une jolie femme qui ne l’était plus devait forcément en ressentir de l’aigreur et de l’amertume qui se révélaient dans sa façon d’être.
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Passe-passe à la suédoise

Par Gaëlle Dupont, Le Monde Mis à jour le 17.09.2013

Stockholm, envoyée spéciale. Blondeur artificielle, ongles bleus manucurés assortis à ses yeux, toute mince dans ses vêtements roses, sac à main griffé, Jasmine, 27 ans, affirme ne pas être une « privilégiée », étiquette souvent attachée aux call-girls. « Je suis une escort girl moyenne, dit-elle dans un rire. Pas une ‘top class’ ! » Ce qui ne l’empêche pas d’avoir du travail. Beaucoup de travail, même, si l’on songe qu’en Suède les clients encourent une peine de prison d’un an et une forte amende en achetant des services sexuels.

C’est la pierre angulaire du fameux « modèle suédois » de lutte contre le commerce du sexe. La prostitution y est considérée comme une violence, donc les prostituées ne risquent rien, ce sont les clients qui sont pénalisés. La majorité parlementaire en France, qui souhaite l’abolition de la prostitution, envisage de s’en inspirer dans une proposition de loi dont le contenu est en cours d’arbitrage et qui sera débattue à l’automne….
Suite de l’article à télécharger: [Passe-passe à la suédoise]

« Charte de la laïcité : vive l’école laïque », par Jean Baubérot

Source: MEDIAPART
09 SEPTEMBRE 2013 |  PAR JEAN BAUBÉROT

J’étais, ces derniers jours, dans mon Limousin natal, où une belle fête a été organisée pour les 70 ans du Musée fondé par mon père, à Châteauponsac. Et là, qu’est-ce que j’apprends ? Qu’une Charte de la Laïcité va être affichée dans les établissements scolaires, mais que, en transitant de la rue de Grenelle aux différents rectorats, le texte a été tronqué, sous prétexte que les élèves ne peuvent pas lire les textes « interdits aux moins de 18 ans »… alors que, justement, avec Internet, ce sont ceux-là qui les intéressent… d’ailleurs moi-même quand j’avais 12 ans… Mais, bref, j’ai contacté aussitôt la NSA qui, dans les millions de mails que stockent ses agents, m’a trouvé le texte initial. J’en réserve l’exclusivité à Mediapart, en soulignant les passages perdus entre la rue de Grenelle et les différents rectorats.

1 La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi, sur l’ensemble de son territoire, de tous les citoyens. Elle respecte toutes les croyances.C’est le rappel de la Constitution. En conséquence la laïcité doit être indivisible, et le Concordat est immédiatement aboli en Alsace-Moselle, la laïcité doit être démocratique et la présente Charte est soumise aux remarques critique des élèves, la laïcité doit être sociale et on ne pourra parler des éventuelles « atteintes à la laïcité » qu’après avoir abordé de front toutes les atteintes à l’égalité.

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Montée de l’islamophobie et banalisation du fémonationalisme. « Oui mais quand même, la religion, c’est mal »

Relayer l’information de la énième agression d’une femme voilée, ou les propos haineux tenus sur l’islam par la représentante d’une organisation pseudo-féministe, revient immanquablement à emboucher l’appeau à trolls religiophobes. Que des femmes soient insultées et tabassées, que le féminisme serve de leurre pour répandre et banaliser le racisme le plus crasse, tout cela, le/la religiophobe s’en moque : dans un pays où médias et politiques, de façon plus ou moins insidieuse, désignent à longueur de temps les musulmans comme la cause de tous les maux de la société, son seul sujet d’anxiété est que son droit à « critiquer la religion » soit garanti.

Pour l’exprimer, il usera de subtiles gradations dans la virulence, de la simple protestation à l’éructation scatologique probablement censée traduire la hauteur à laquelle il plane dans l’éther philosophique inaccessible aux benêts qui voient du racisme partout : « Moi, je chie sur toutes les religions. »

Notez bien la perle argumentative que recèle cet étron déclaratif : il a dit « toutes les religions ». Ha, ha ! Vas-y, accuse-le de racisme maintenant ! Lire la suite Lire la suite

Elsa Dorlin « Le féminisme a pour ambition 
de révolutionner la société »

Elsa Dorlin « Le féminisme a pour ambition 
de révolutionner la société »

Humanité Quotidien
9 Août, 2013
penser un monde nouveau 20/34

Les séries d’été de l’Humanité : Penser un monde nouveau [1]. Pour Elsa Dorlin, le féminisme se fonde 
sur une pratique de soi et s’inscrit dans 
une tradition de luttes sociales qui s’attaquent 
au sexisme, à l’idéologie libérale et au racisme. Philosophe et féministe, Elsa Dorlin est professeure de philosophie politique 
et sociale au département de science politique 
de l’université de Paris-VIII.

Elle a été maîtresse de conférences en philosophie à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne 
(2005-2011). Ses recherches portent sur 
les philosophies féministes, études sur le genre et les sexualités, mais aussi sur l’esclavage, le colonialisme et le postcolonialisme (histoire des idées, des luttes et des mouvements des diasporas noires, Black Feminism). L’histoire et la philosophie de la médecine (corps, santé, nation) tiennent une place importante dans son travail. Issu de sa thèse soutenue en 2004, son livre la Matrice de la race. Généalogie sexuelle 
et coloniale de la nation française a été publié 
aux éditions La Découverte en 2006. Elsa Dorlin y analyse les articulations entre le genre, la sexualité et la race, et leur rôle central dans la formation de la nation française moderne. « Au XVIIe siècle, la conception du corps 
des femmes comme 
un corps malade justifie efficacement l’inégalité des sexes. Le sain et le malsain fonctionnent comme des catégories de pouvoir. 
Aux Amériques, les premiers naturalistes prennent alors modèle sur la différence sexuelle pour élaborer 
le concept de “race” », 
écrit-elle. Ces thématiques la conduisent à étudier 
les théories sexistes 
et racistes modernes. 
Elle a ainsi écrit, en 2008, Sexe, genre et sexualités : introduction à la théorie féministe, édité aux Presses universitaires de France. I. D.

Comment définiriez-vous le féminisme ?
Elsa Dorlin
. C’est un mouvement politique et intellectuel bien antérieur au mot lui-même. Il mérite que l’on en restitue la complexité, l’historicité – les temporalités qui le traversent, les courants intellectuels qui le composent et les agendas militants qui peuvent l’animer. Trois éléments à mon sens peuvent toutefois le caractériser. Premièrement, la tradition intellectuelle et politique du féminisme a toujours questionné la distinction habituelle entre le théorique et le pratique, en considérant que la pratique est riche de pensées. À l’inverse, la réflexion est une pratique en soi. Le féminisme s’inscrit deuxièmement dans une tradition de luttes, avec en ligne de mire le renversement de l’ordre établi. Historiquement, les féministes ont été considérées comme révolutionnaires (mais aussi parfois contre-révolutionnaires à certaines époques). Le féminisme questionne enfin la distinction entre le personnel et le politique. Avant-gardiste, ce mouvement analyse la domination non pas comme relevant du vécu individuel ou d’une faille psychologique, mais toujours comme un rapport matériel qui a des intérêts économiques et des effets symboliques et idéologiques sur toute la société. Le féminisme est un mouvement incarné – il ne se vit pas à l’abri du tumulte de l’histoire sociale mais il bouleverse aussi la vie dans ce qu’elle a de plus prosaïque : le corps est politique, l’amour, la sexualité est politique, nettoyer la table et ramasser les chaussettes sales est politique !

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«LE MALI EST A RENDRE AUX MALIENS»

LE NAUFRAGE ET L’OFFENSE

«LE MALI EST A RENDRE AUX MALIENS »

« Toute société impérialiste voit dans l’Autre la négation de l’idéal qu’elle s’efforce, elle-même, d’atteindre. Elle cherche à le domestiquer en l’attirant dans le champ d’application de son idéal et en l’y situant au degré le plus bas »[1] Wolfgang Sachs

1.     QUE SOMMES-NOUS DEVENUS AU MALI ?

« A qui allons-nous rendre les clés ? » est la question posée par Pierre Lellouche, député UMP et Président du groupe Sahel de la Commission des Affaires Etrangères de l’Assemblée Nationale française à propos du Mali. C’était le 22 avril 2013, lors du débat parlementaire qui a précédé le vote de la prolongation de l’opération Serval. Comme pour lui répondre, Hervé Morin, ancien ministre (UMP) de la Défense dit « Mais il n’y a personne à qui passer la main ». Comme une lettre à la poste, la prolongation demandée a été adoptée à l’unanimité. S’agissant de l’organisation de l’élection présidentielle en juillet 2013. La France officielle est non seulement unanime mais  intransigeante

Je serai « intraitable » a prévenu le Président François Hollande. Ce mot est dans toutes les têtes ici et nous a blessés. Le ministre de la Défense Jean Yves Le Drian estime à ce sujet qu’ « il faut dire les choses fortement » (RFI). Les Maliens qui ont accueilli le Président François Hollande en libérateur s’imaginaient que l’Opération Serval débarrasserait rapidement leur pays de Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI) et ses affiliés d’Ansar Dine et du MUJAO et que la vie reviendrait comme avant. L’intervention militaire a incontestablement réduit la capacité de nuisance des djihadistes en en tuant quelques centaines et en détruisant d’énormes stocks d’armes et de carburant. Mais les villes de Gao et Tombouctou sont libérées sans l’être totalement puisque des groupes que le discours officiel qualifie de « résiduels » opèrent dans ces localités et y commettent des attentats. Fait plus préoccupant, Kidal est entre les mains du Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) qui interdit à l’armée malienne d’y accéder. Lire la suite

Nous sommes toutes des femmes voilées

 

Appel  lancé par plus de cent femmes, de France et d’ailleurs

A l’initiative de Paola Bacchetta, Louiza Belhamici, Ismahane Chouder, Sonia Dayan-Herzbrun et Michèle Sibony

Lors de son entretien télévisé du 28 mars dernier, François Hollande a déclaré prévoir une refonte législative en vue du vote d’une loi étendant le champ de l’interdiction des signes religieux dans certains lieux de travail «dès lors qu’il y a contact avec les enfants» notamment « les crèches  associatives avec des financements publics ».

Une telle loi, il faut le rappeler,  serait contraire à l’esprit comme à la lettre de la loi de 1905 que les prétendus défenseurs de la laïcité ne cessent de bafouer. Elle constituerait une restriction des libertés religieuses que cette loi garantit. Elle ouvre de fait la voie à l’interdiction  du port du foulard  musulman dans tous les établissements privés gérant un service public et peut-être même, comme on l’entend déjà évoquer, dans les universités.

On veut donc faire adopter une loi qui vise d’abord les femmes, et devrait aboutir à exclure  les plus vulnérables d’entre elles du monde du travail et de l’éducation, comme si elles étaient de trop dans cette société. Une telle loi qui, sous prétexte de protéger les enfants d’on ne sait quelle contamination, veut soumettre des femmes à la domination des tenants de la purification nationale, et les réduire au chômage ou à l’invisibilité, est une loi raciste.  Elle ne peut avoir pour effet que d’empêcher les femmes musulmanes  de s’affirmer dans le monde du travail ainsi que dans l’espace public et politique,  comme sujets et  comme citoyennes et d’exprimer librement leurs convictions, comme n’importe quel-le citoyen-ne dans un pays démocratique. Contrairement à ce que déclarent tous ceux qui réclament le vote d’une telle loi,  l’espace public n’est pas neutre. Il est le lieu de déploiement de la diversité des appartenances, des cultures, des coutumes, des convictions, des histoires individuelles et collectives. En cherchant à le neutraliser on nie cette diversité, et on vise à imposer à tous une culture uniformisée et totalisante. Si elle était votée, la loi annoncée par François Hollande aboutirait à abolir la liberté de conscience et d’expression garantie par nos lois et les conventions internationales, à masquer la diversité et à renoncer à un véritable vivre ensemble, qui implique de vivre et d’agir avec nos différences, et non en les occultant. Elle aurait pour conséquence un nouvel enfermement des femmes musulmanes que l’on confinerait dans leurs cuisines et dans leurs ghettos, et leur exclusion de l’espace public et du monde du travail, alors même qu’elles aspirent à s’investir pleinement dans la vie collective. Lire la suite

Racisme en Europe; Blame pour la France

Message du Président
Je suis très heureux de vous présenter la dernière édition
du rapport alternatif sur le racisme en Europe du Réseau
européen contre le racisme (ENAR). Celui-ci est basé sur 26
rapports alternatifs nationaux, et offre une perspective cruciale
et unique de la société civile sur la situation du racisme et
de la discrimination en Europe, de mars 2011 à mars 2012.
Malheureusement, comme pendant les années précédentes, la discrimination raciale et
religieuse continue à affecter la vie de nombreuses minorités ethniques et religieuses dans l’ensemble de l’Europe et dans divers domaines, comme dans l’accès à l’éducation, à l’emploi, au logement, aux biens et aux services, ou dans la façon dont ils
sont traités par la police et le système judiciaire pénal. Ce rapport souligne particulièrement les expériences des communautés musulmanes et il s’agit de la première étude qualitative paneuropéenne sur l’islamophobie. L’islamophobie
décrit la crainte, les préjugés et la haine irrationnels envers l’Islam, les musulmans ou la culture islamique. Les données provenant des rapports alternatifs nationaux montrent que
l’islamophobie est répandue dans nombre de pays européens et que les préjugés croissants à l’encontre des musulmans sont souvent plus profonds que ceux éprouvés par d’autres groupes minoritaires religieux ou ethniques. Le rapport de cette année
met l’accent sur la vulnérabilité de ce groupe, qui est trop souvent au pire rejetée, et au mieux sous-estimée. Lire la suite